TIÉMAN HUBERT COULIBALY SUR JOLIBA TV.NEWS : “JE NE ME REPROCHE ABSOLUMENT RIEN….”

“Le mandat d’arrêt émis contre moi relève d’une décision politique et d’un rapport dirigé”

Tiéman Hubert Coulibaly était l’invité de l’émission spéciale de Joliba TV News réalisée à Abidjan. Ancien ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale ; des Domaines ; de l’Administration territoriale ; de la Défense ; et non moins président du parti Union pour la Démocratie et le Développement (UDD), Tiéman Hubert Coulibaly était interrogé sur différents sujets notamment le mandat d’arrêt international lancé contre lui et trois autres personnes à savoir Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra et Babaly Ba. 

Exilé, à ses dires, depuis plus d’un an à Abidjan, Tiéman Hubert Coulibaly dit qu’il a un état d’esprit positif et difficile parce qu’il est en exil.  Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper de ses activités politiques, de chef d’entreprise et de se mettre en forme. Car pour lui, la vie doit continuer même étant en exil. “Malgré des moments difficiles, malgré les contrariétés, il faut toujours nourrir l’espoir que le lendemain sera meilleur pour moi et pour le peuple malien. Je nourris cet espoir et je me nourris de cet espoir qui me permet de garder le sourire malgré les difficultés et ma situation personnelle”, a-t-il dit.

Interrogé par Halidou Touré sur le choix d’Abidjan pour son exil, il répond qu’il a choisi Abidjan pour se mettre en sécurité parce qu’il avait eu des informations précises qui l’ont inquiété. “Le réflexe était d’organiser sa sécurité pour pouvoir continuer  à militer pour le Mali, à militer pour la démocratie, à militer pour le rassemblement des Maliens. Le choix d’Abidjan, parce que la Côte d’Ivoire est une terre d’accueil, un pays frère,  allié du Mali. Voici les critères du choix que j’ai fait pour m’exiler à Abidjan”, a-t-il informé.

 “Le mandat d’arrêt émis contre moi relève d’une décision politique et d’un rapport dirigé”

Questionné sur le mandat d’arrêt international émis par le Procureur général contre Boubou Cissé, lui-même Tiéman Hubert Coulibaly, Mamadou Igor Diarra, Babaly Ba pour faux et usage de faux, atteinte aux biens publics, des faits liés à l’affaire des marchés publics dit Paramount, Tiéman Hubert Coulibaly fait savoir qu’il a produit un communiqué pour donner son point de vue.

“Dès lors que cette information a été abondamment diffusée, ce qui est étonnamment surprenant au-delà de l’acte lui-même, cela obligeait les uns et les autres, tous ceux qui sont concernés par ce mandat d’arrêt, à réagir. Par le parallélisme des formes, la Cour suprême a communiqué via un écrit qui a eu une diffusion sur la chaîne nationale. Même avant cela, l’information avait été circulée sur de nombreux réseaux sociaux. Et ceux qui sont cités ont le droit de se faire entendre par l’opinion publique.

Donc, j’ai fait un communiqué pour réagir sereinement malgré ma situation de surprise. Mon point de vue est que cette affaire est politique parce qu’elle est faite sur la base d’un rapport d’audit. Il y a eu des faits signalés. Mais le principe de contradiction de l’audit n’a pas été respecté parce que tous ceux qui sont concernés par ce rapport d’audit ne l’ont jamais reçu. Normalement, un audit n’est pas dirigé, il est général, il est précis, il est surtout contradictoire.

Donc, la bonne forme obligeait à communiquer ce rapport à ceux qui sont concernés. Mais apparemment, il est confidentiel. Et aucun de ceux qui sont concernés, du moins en ce qui me concerne, n’a eu ce rapport. Donc, c’est un rapport qui est dirigé. Et le temps nous permettra de le savoir. Le mandat d’arrêt émis contre moi relève d’une décision politique.

Pour ma part, le contrat qui est concerné visait à doter l’Armée malienne de capacité blindée au moment où elle était en grande faiblesse. C’est un contrat qui a été initié depuis 2014. Puis, il est passé par les procédures obligatoires, notamment celui du Conseil supérieur de défense nationale le 27 mai 2015 puis l’arbitrage entre les différents ministères, notamment le ministère de la Défense, celui de l’Economie et des Finances pour voir comment cela pouvait être pris en charge, techniquement, financièrement pour doter notre Armée qui en avait grand besoin”, a-t-il expliqué. Il a rappelé qu’il a été ministre de la Défense de janvier 2015 à septembre 2016. Et quand il quittait ce département de la défense, ils étaient en discussion avec le ministère de l’Economie et des Finances qui avait souhaité à cette époque modifier quelques éléments du contrat, notamment le moyen de paiement. Car le ministre de l’Economie et des Finances avait remis en cause les billets à ordre et avait décidé, sur le conseil de ses services techniques, de procéder autrement. Et il y avait un blocage à ce niveau. Il a révélé qu’une avance de 20 % avait été payée.

«Des informations que j’ai, 8 véhicules blindés ont été livrés. Le contrat portait aussi sur la réparation de deux avions des marketis FS 260. Il portait également sur la formation et la réparation du matériel accessoire qui accompagne la mise en fonction des véhicules. C’est là que j’ai quitté le ministère de la Défense. Selon ce que j’ai eu comme information, 8 ont été livrés beaucoup plus tard après mon départ. Et il y a eu des avenants, des blocages et beaucoup autres choses. Mais on parle de détournements, de faux et usages de faux, d’atteinte aux biens publics. De mon temps, je puisse affirmer qu’il n’y a pas eu de détournement. Je ne vois pas comment d’ailleurs. Parce que les paiements sont contractuels. Les voies de paiement sont institutionnelles. Ce sont les banques et le Trésor public qui procèdent au paiement. Je ne vois pas qui aurait pu détourner.  Il y a une traçabilité de tout ça. Toute la documentation existe. Le contrat était de 35 milliards 500 millions et quelques FCFA. Ensuite, la monnaie du contrat a été changée en dollar après moi. Ce sont des informations que j’ai eues plus tard», a-t-il expliqué. Il a fait savoir que sur les 36 blindés, 8 ont été livrés.

“Ce qu’il faut savoir : c’est le ministre de la Défense qui  est l’acheteur mais c’est le ministre de l’Economie et des Finances qui est le payeur”

A la question s’il est sûr que le fournisseur a reçu les premiers paiements, Tiéman Hubert Coulibaly répond qu’il y a eu une avance de 20 % qui a été payée. “Cette avance faisait l’objet d’une garantie émise par la Banque malienne de solidarité (BMS). “Parce que nous avions insisté pour que les arrangements bancaires du contrat soient faits par la BMS qui est une banque détenue à 100 % par le Mali. Aucun intérêt étranger ne pouvait interférer dans l’accomplissement de cette volonté politique qui était de redonner des capacités blindées à notre Armée. Ce dont je me souviens, 20 % d’avance ont été payés. Je ne me reproche rien.

Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est le ministre de la Défense qui est l’acheteur mais c’est le ministre de l’Economie et des Finances qui est le payeur ; le ministre de l’Economie et des Finances qui dispose de la souveraineté de Trésorerie du Mali. Le paiement des contrats de l’Etat est fait sous l’autorité du ministre de l’Economie et des Finances. C’est lui qui décide comment et quand il va payer en fonction des ressources nationales disponibles”, a-t-il éclairci.

 “Ma responsabilité a été celle de la volonté politique de moderniser l’Armée malienne en lui donnant des moyens”

Quelle est sa responsabilité dans l’acquisition des équipements militaires ? Tiéman Hubert Coulibaly (l’ancien ministre de la Défense) affirme que sa responsabilité a été celle de la volonté politique de moderniser l’Armée malienne en lui donnant des moyens. “Les attaques à l’explosif détruisaient les véhicules de l’Armée malienne et continuent de les détruire. Ce qui nécessitait l’ajustement de la doctrine en termes d’équipements. Ce qui était un besoin urgent. Nous avons travaillé dans ce sens. Je rappelle que le dossier des équipements militaires était en instruction depuis 2014. Ce qui a été un long processus. Je ne me reproche absolument rien”, a-t-il rappelé. Il s’est interrogé sur le fait que l’opinion publique, préparée, parle de détournements parce que les responsables actuels parlent de détournements. “De mon point de vue, du début jusqu’à aujourd’hui, je ne vois pas qui aurait pu détourner et quoi. Si d’un point de vue commercial, il y a des difficultés, parce que c’est un processus commercial d’achat et de vente, il convient de regarder des deux côtés                                                                                                ce qui n’a pas marché. Parce qu’il est possible dans une transaction commerciale qu’il y ait des difficultés avec des enjeux financiers. Il faut explorer à ce niveau.

Ce n’est pas parce que des gens ont été ministres, parce qu’ils ont exercé le pouvoir d’Etat et automatiquement faire peser non seulement le soupçon sur eux mais en plus donner des affirmations gratuites, sans fondement, qui amènent l’opinion à les condamner avant même qu’ils soient entendus. Je peux sortir une liste d’articles de presse suscitée, commandées pour préparer les esprits à nous condamner, moi personnellement, parce que nous sommes des adversaires…”, a-t-il réagi.

 “Je suis prêt à accueillir un magistrat instructeur ici à Abidjan avec beaucoup de soulagement et l’espoir  de donner ma part de vérité”

A la question s’il serait prêt à être entendu par la justice malienne, il a répondu par l’affirmative.  “Bien sûr, j’y répondrai devant une commission rogatoire  et avec rapidité. Car, c’est un problème qui est grave pour moi et les autres. Je suis prêt à accueillir un magistrat instructeur ici à Abidjan. Je l’accueillerai avec beaucoup de soulagement et l’espoir  de donner ma part de vérité à celui qui doit l’entendre. Car je n’ai rien fait d’illégal, de reprochable sur le plan moral, éthique. Je n’ai agi que dans le cadre des prérogatives. Ce qui est clair et précis. Les documents existent d’ailleurs par rapport aux discussions, échanges, des lettres entre ministres qui arbitrent sur la manière de procéder. C’est pour dire le niveau de transparence. Ce document existe entre le ministre Mamadou Igor Diarra et moi-même puis entre le ministre Boubou Cissé (à l’époque  de l’Economie et des Finances après Mamadou Igor Diarra) et moi-même. J’ai quitté le ministère de la Défense le 3 septembre 2016, il y a 6 ans. Beaucoup d’actes posés relèvent de la séquence pendant laquelle je n’étais plus ministre.

Je suis surpris mais pas étonné que cette affaire refasse surface. Car, certains, pour des besoins politiques du moment de neutralisation d’un certain nombre d’acteurs, utilisent ces arguments afin de disqualifier et même neutraliser les uns ou les autres. Car, priver un homme de sa liberté sur la base de suppositions ou de fantasme est un acte grave”, a-t-il précisé.

“Le Premier ministre actuel a fait dérailler la Transition, il a été parfaitement incapable de rassembler les Maliens et son objectif avec ses amis de la junte est de conserver le pouvoir”

Se prononçant sur la rectification intervenue le 24 mai 2022, Tiéman Hubert Coulibaly a laissé entendre que le Premier ministre actuel a fait dérailler la Transition. “Il a été parfaitement incapable de rassembler les Maliens. Nous avions espéré qu’un homme politique ayant le parcours qu’il a eu, arrivant à la tête du gouvernement en ce moment précis, aurait agi de manière à ramener l’équilibre. Beaucoup d’entre nous ont d’ailleurs essayé de l’aider y compris moi. Mais avant ça, quand il y a eu le coup d’Etat en 2020, compte tenu du désordre qui avait suivi les élections législatives, de la fragmentation sociale et politique qui marquait le contexte malien, beaucoup ont pensé que l’Armée pouvait, pendant un temps, être une force de retour vers l’ordre mais à équidistance des écuries politiques. Hélas, cela n’a pas été le cas. Hélas, le Premier ministre qui a été choisi après le 2e coup d’Etat a été le plus grand diviseur commun. Et cela continue. L’objectif de lui et de ses amis  que je ne décroche pas des objectifs de la junte elle-même est de conserver le pouvoir par tous les moyens possibles et imaginables. Donc, il faut éradiquer avec urgence toute formation, tout acteur politique capable de porter la contradiction ou capable de porter une vision contraire.

Voilà la situation ! Et ils ont fait dérailler la Transition en mettant notre pays dans une situation délicate avec presque l’ensemble de ses voisins, opérer des choix qui, de mon point de vue, sont dangereux parce qu’introduire des mercenaires dans notre pays portera des conséquences très graves. Je ne parle pas des Russes. Ce qu’ils ne le disent pas assez, c’est que, de mon temps, c’est moi qui ai ré-initié la coopération commerciale, sur le plan militaire avec la Fédération de Russie suite à un voyage que j’ai effectué au mois de juin 2015.

C’est moi qui ai initié les moyens aériens tactiques d’attaque avec la société russe. Et au nom de ce volontarisme que j’ai eu, la Fédération de Russie m’a décoré de la médaille du compagnonnage d’arme. Donc, je ne parle pas de la Russie, je parle de mercenaires. Parce que, mon option c’est qu’un Etat doit avoir une coopération avec les Etats alors qu’un mercenaire vit du conflit parce qu’il est payé par la guerre pour ses actions militaires. La première chose, je doute qu’ils cherchent à éteindre le conflit.

La 2e chose, la dynamique mondiale elle-même, la crise du multilatéralisme à laquelle nous assistons, les recompositions des zones d’influence qui sont en cours, doivent appeler un pays comme le Mali, au nom de sa géographie, parce qu’enclavé au cœur exacte de l’Afrique de l’Ouest, à avoir une politique équilibrée, à conduire sa politique extérieure de manière équilibrée, à chercher l’entente parfaite avec l’ensemble de ses partenaires. Mais aujourd’hui, ceux qui sont dans notre pays, pour moi, sont des mercenaires même si certains le nient et chercheront à mercenariser notre pays ? Et cela n’est pas bien”, a-t-il commenté.

“Je ne suis pas un opposant de la refondation. Au contraire, je suis un militant de la refondation, mais je suis opposé à ce qui se fait de la Transition”

Tiéman Hubert Coulibaly est-il un opposant à la refondation, à la Transition, à la rectification du pays ? Il répond qu’il n’est pas un opposant à la refondation du Mali. Au contraire, a-t-il apporté, “s’il y avait eu un débat politique, franc, ouvert, libre, je pense que les uns et les autres auraient été entendus sur leurs visions. La refondation doit être économique, culturelle, politique sur le plan de la gouvernance et de notre défense. La refondation doit apporter de la modernisation dans notre pays, nous sortir de ce système archaïque qui nous retient en arrière. Nous devons moderniser notre éducation, préparer nos jeunes pour affronter le défi de demain car demain, c’est hier parce que le temps passe et le monde change. Nous devons moderniser l’Administration de manière à ce qu’elle serve nos concitoyens mais qu’elle ne se serve pas d’eux. Nous devons moderniser notre justice.

Nous devons faire de notre pays un espoir de prospérité. Et la condition pour cela, c’est d’abord de le stabiliser et de le pacifier. C’est pour cela, j’insiste pour la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation même s’il n’est pas parfait. Mais il nous permettra de prendre le chemin de la réconciliation et de la réunification des fils du pays. La refondation, c’est d’accepter que notre pays est pluriel et que chacun a le droit d’y vivre, d’y être libre. La refondation, c’est de faire en sorte que les jeunes soient capables de compétir dans l’espace international, dans la situation où nous sommes.

Je rappelle les conditions de notre pays enclavé. Nous avons besoin décupler nos forces pour aller à la conquête. C’est pour cela que nos ancêtres ont toujours été des voyageurs. Ils sont partis chercher la richesse à l’extérieur pour la ramener dans notre pays. Et cette richesse est surtout culturelle. La refondation ne veut pas dire éradication, elle n’est pas la persécution. Je ne suis pas un opposant de la refondation. Au contraire, je suis un militant de la refondation qui modernise notre pays. Je suis opposé à ce qui se fait de la Transition. Je ne suis pas opposé à une personne. Je suis opposé à un choix. Mon propos n’est pas de dire que tel individu ne me plaît pas. Mon opposition se fait par rapport à des choix”.

“Dire que les politiques ont organisé la faillite de l’Etat est un faux procès”

La Transition n’est-elle pas en train de restituer aux Maliens sa souveraineté perdue, sa dignité, son honneur et que les politiques sont accusés d’être à la base de la faillite de l’Etat malien ? Tiéman Hubert Coulibaly pense que cela est un faux procès. A son entendement, les acteurs actuels ont été dans le système depuis longtemps. “En tant que ministre de l’Administration territoriale, je me suis battu pour créer le corps préfectoral qui n’existait pas au Mali. En tant que ministre de la Défense, je me suis battu pour faire adopter le nouveau Statut général des militaires. En tant que ministre des Affaires étrangères en 2012, je me suis battu afin que l’ensemble des organisations internationales dans le monde consacre le principe de la protection de l’intégrité territoriale de notre pays, consacre le principe d’un Mali uni, pluriel et laïc. Je me suis battu pour renforcer l’Etat, pas pour l’affaiblir. Mais je ne le fais pas pour un individu, je le fais pour les Maliens. Dire que les politiques ont organisé la faillite de l’Etat, non, construire une nation est une longue tâche.

Quand un pays, depuis 60 ans, se bat pour maintenir son unité, pour faire de la place à l’ensemble de ses composantes, cela n’est pas facile. Mais, il faut travailler dans la vérité. Les mensonges et les pratiques fascistes qui, aujourd’hui, consistent à payer des gens pour déverser des mensonges sur les autres ne sont pas des méthodes qui vont refonder le Mali. Ces méthodes vont créer encore plus de rancunes, plus de désir de vengeance. Cela n’est pas mon cas parce que je ne suis pas comme ça, je me nourris d’espoirs, pas de rancune.

Mais, je suis convaincu que si ce qui se passe aujourd’hui devait prospérer, nous aurons encore plus de problème. Je m’inscris en faux contre ces allégations. Il y a eu des problèmes, il y a eu des réussites et des échecs, maintenant, nourrissons-nous de toutes ces expériences pour essayer de faire mieux. Parce qu’après tout, nous sommes des Maliens”, s’est-il défendu.

 “Le chef gouvernement actuel, Choguel Kokalla Maïga, est derrière beaucoup de manipulations”

Quel bilan pour la Transition ? Tiéman Hubert Coulibaly dit que sous la Transition, les problèmes sont nombreux et qu’un bilan ne peut être fait qu’à sa fin.

“Nous cherchons à arriver à la fin de cette Transition. C’est cela qu’il faut organiser. Au moment où je parle, je ne peux pas tirer un bilan de la Transition. Car il y a eu des réussites et des échecs. Mais dire que les hommes politiques et la classe politique sont responsables de la faillite de la Transition, mais quelle classe politique ?

Le chef du gouvernement actuel, Choguel Kokalla Maïga est dans le circuit depuis très longtemps. Et, il est derrière beaucoup de manipulations. Cela est constaté avec ses propos sur les forces du changement. Est-ce que ces propos doivent être tenus par un Premier ministre de Transition qui suppose rassembler les Maliens ?

Non ! Nous l’avons reproché sa non neutralité et même sa violence pernicieuse vis-à-vis de ceux qui ont été ses camarades il n’y a pas si longtemps. Et ce que je reproche à la junte, c’est de n’avoir pas su se maintenir à égale distance entre les forces politiques afin que nous puissions conférer à l’Armée malienne ce qui est son véritable timbre, c’est-à-dire la force véritable organisée qui  peut maintenir l’outil politique en place. Voilà ce que je reproche à la junte et ce reproche n’est pas personnel. Mon choix personnel importe peu par rapport au problème du Mali”, a-t-il répondu.

Par rapport au bilan de la Transition, Tiéman Hubert Coulibaly s’est interrogé sur la situation économique actuelle du Mali. ” Aujourd’hui, pour acheter du mil au Mali, c’est tout un problème. On ne parle même pas de riz. Les légumes de base sont devenus inaccessibles au Malien lambda. Par rapport au carburant, on s’achemine vers des pics qu’on n’ose pas imaginer. Il y a de véritables problèmes au Mali. Cette Transition aurait dû se focaliser sur les capacités de résilience économique du Mali. Elle aurait dû se focaliser sur les moyens pertinents disponibles aujourd’hui de stabiliser et de pacifier le Mali à travers certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation. La Transition aurait eu à cœur d’organiser le retour à un système institutionnel équilibré, quel que soit le temps que cela va prendre. Les acteurs de la Transition ne doivent pas se cacher avec des subterfuges, les modifications de textes passées aux forceps à l’applaudimètre dans une salle remplie à 70 % par leurs partisans. Cela n’est pas sincère”, a-t-il affirmé.

Posant son regard sur la loi électorale adoptée et promulguée avec un organe unique de gestion des élections, Tiéman Hubert Coulibaly a fait savoir qu’ils avaient souhaité qu’une solution intermédiaire prévale et qu’une gouvernance reconstituée sur les bases démocratiques et républicaine s’occupe de ce genre de réforme. “Mais, la classe politique elle-même s’apprête à donner des représentants pour cet organe unique. Le problème n’est pas l’organe unique. Le problème est comment organiser l’ensemble des élections dans un contexte sécurisé. Mais j’ai encore beaucoup de doutes par rapport à l’organisation des élections. Parce que, de mon point de vue, tout cela se passe de manière malicieuse.

Et il y a un facteur sécuritaire qui est de plus en plus inquiétant. Le terrorisme est l’ennemi de la démocratie. Et ce que le terrorisme vise, c’est de détruire ce qui ressemble à une République démocratique. Comme premier problème, il me semble que dans le contexte actuel, il sera difficile de tenir les élections. Parce que, ceux qui sont supposés organiser les élections montrent des velléités très hégémoniques pour leur propre compte.

Le deuxième problème sera technique. Le fichier électoral doit être toiletté. Mais dans certaines régions du Mali, l’état civil a été détruit. Il faut reconstituer cet état civil.

Comment faire ? Il y a aussi la question de la gestion et de la sincérité du fichier. Il y a la question de la gestion et de la sincérité du processus électoral, de l’accomplissement de l’acte de vote, de la centralisation des résultats et de leur protection jusqu’au niveau le plus élevé”, a-t-il commenté.

 “Une révision de la Constitution actuelle serait préférable plutôt que d’aller dans les conditions actuelles vers une nouvelle Constitution”

Sur le projet de la nouvelle Constitution, Tiéman Hubert Coulibaly a indiqué qu’au groupe politique auquel il appartient, notamment l’Action Républicaine pour le Progrès (ARP) qui est notre plateforme politique et le Cadre des regroupements politiques, les membres ont donné leurs points de vue. “Une révision de la Constitution actuelle serait préférable plutôt que d’aller dans les conditions actuelles vers une nouvelle Constitution. Même la révision du point de vue constitutionnelle risque d’être difficile. J’oppose à cela les mêmes arguments qu’ils ont opposés en 2017 au processus de révision. Je ne sais pas ce qu’ils vont répondre”, a-t-il déclaré.

Siaka DOUMBIA

(source Joliba TV. News)

Source: Aujourd’hui-Mali

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