SiraKura : suspendre les évacuations sanitaires aux frais de l’État

Au moment où des millions de Maliens n’arrivent pas à bénéficier de meilleurs soins de qualité dans les centres de santé, il est inadmissible que seulement une poignée de personnes s’assure toutes les conditions de prise en charge sanitaire à l’extérieur du pays aux frais du contribuable.

Au Mali, s’il n’existe jusque-là pas de données chiffrées sur le coût des évacuations sanitaires de tous ces cadres à la charge de l’État, nul besoin de savoir que nous sommes désormais en face d’une pratique qui se systématise. Nos gouvernants dédaignent toutes les structures de référence sanitaire dans le pays, pour aller vers d’autres pays  jugés « sérieux » et qui offrent de meilleurs soins de qualité. Bref, là où « on ne respire pas la mort » et où on ne risque pas de se faire infecter de plus en voulant juste se faire soigner.

Et ils s’accordent ce privilège aux frais du contribuable. Au même moment ce dernier, est invité à se contenter de nos structures sanitaires insalubres et sous équipées.

Pour le privilège de quelques-uns

Comment comprendre que ceux qui sont appelés aux charges de l’État, pour assurer à leurs concitoyens les meilleures conditions de prise en charge sanitaire, sont ceux-là même qui fuient les structures sanitaires locales ? Comment investir sérieusement dans le secteur de la santé au Mali si les dirigeants eux-mêmes n’y voient aucune nécessité, car ni eux ni leurs proches n’auront jamais besoin de se faire soigner dans nos structures sanitaires ? Raison pour laquelle il a été recommandé lors des Assises nationales de la refondation (ANR) de « suspendre les évacuations sanitaires des cadres à la charge de l’État ».

Ce sont des millions de nos francs, pris dans les caisses publiques, qui sont drainés vers l’extérieur pour la prise en charge sanitaire de quelques individus. Et ils sont de plus en plus nombreux nos cadres qui y prennent goût. Tandis que ces mêmes fonds peuvent servir à bâtir des structures de santé de référence pour le bonheur du plus grand nombre de nos concitoyens.

Humaniser les hôpitaux

L’État du Niger s’est d’abord bâti un hôpital de référence de qualité grâce à un partenariat avec les chinois pour ensuite instruire en 2018 que « tout dossier d’évacuation sanitaire », y compris dans le cas de ministres et de députés, devrait désormais « être soumis à l’avis de l’Hôpital général de référence ». Objectif : réduire les coûts liés aux évacuations sanitaires à l’extérieur du pays.

En 2019, lors d’une de ses rencontres avec ses concitoyens, le président de la République du Bénin, Patrice Talon, a annoncé que des reformes dans le système d’évacuation sanitaire du Benin sont en cours pour réduire les dépenses liées aux évacuations sanitaires, qui ne bénéficient qu’à une poignée de béninois, selon lui.

Il est également arrivé le moment pour le Mali de travailler dans ce sens. Il faudrait déjà commencer à humaniser nos hôpitaux à travers des conditions de prise en charge décentes. Il ne faudrait plus permettre à une poignée de personnes de profiter grassement de nos fonds publics en se faisant soigner à l’extérieur. Ainsi, nos dirigeants travailleraient dans le sens de l’intérêt général.

Bâtir un nouveau Mali, c’est aussi prendre des mesures pour rationaliser les dépenses publiques et s’assurer une « souveraineté sanitaire ».

Source : Benbere

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