SiraKura : pourquoi augmenter le délai de l’entre-deux tours des élections présidentielles

Au Mali, un délai de quinze jours est prévu entre la ténue des premier et second tours des élections présidentielles. Des voix suggèrent d’augmenter ce délai compte. Nous expliquons pourquoi.

La Constitution du 25 février 1992 dispose en son article 33, alinéa 2 : « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé à un second tour, le deuxième dimanche suivant. Ce second tour est ouvert seulement aux deux candidats ayant réuni le plus grand nombre de suffrages. […] ».

S’il y a donc un second tour, les deux candidats disposent d’un délai de quinze (15) jours pour mener une bonne campagne sur l’ensemble du territoire national en vue de solliciter les suffrages de leurs concitoyens et susciter un rassemblement massif autour de leurs candidatures à travers des jeux d’alliances politiques. Ce même délai est mis à profit par la Cour constitutionnelle, l’organe chargé de statuer sur la régularité des élections présidentielles, législatives et référendaires (même avec le nouveau projet de loi électorale en examination), pour examiner toutes les réclamations ou contestations sur les résultats provisoires de ces élections.

Une recommandation pertinente

Au regard de tout cela, la Synergie des organisations de la société civile pour des réformes profondes au Mali a suggéré, depuis mars 2021, d’ « augmenter le délai de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle afin de vider le contentieux électoral d’une part, et permettre aux deux candidats arrivés au second tour de battre une campagne efficace, d’autre part ».

Augmenter le délai de l’entre-deux tours des élections présidentielles est une recommandation réaliste et pertinente au regard du contexte malien. Pour Babarou Bocoum, secrétaire politique du Bureau exécutif national du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), il faut déjà prendre en compte le contexte géographique : «  Le territoire du Mali est très vaste et très mal desservi avec des axes routiers qui laissent à désirer. » Dans le cadre de leurs activités de campagne, les candidats sont appelés à parcourir l’ensemble du territoire national pour solliciter le suffrage de leurs concitoyens.

Délai de 25 jours au maximum 

Il convient de prendre en compte également l’aspect juridique. La Cour constitutionnelle dispose de cinq jours, à compter de la date du scrutin et dans les quarante-huit heures qui suivent la proclamation des résultats provisoires des premier et deuxième tours de l’élection du président de la République ou des députés, pour recevoir des requêtes de contestation des résultats et ensuite prendre le temps de les traiter. Elle procède, à cet effet, au recensement général des votes. Pour ne pas faire à la va-vite un travail si sérieux, il est donc important et nécessaire de permettre à la Cour constitutionnelle de travailler minutieusement dans un espace de temps raisonnable. D’autant plus que ses décisions ne sont susceptibles d’aucun recours et qu’elles s’imposent à tous. Cela va ainsi permettre de « rendre le processus électoral plus crédible aux yeux des acteurs et réduire les conflits post-électoraux, et régler le problème de l’illégalité des activités de précampagne électorale auxquelles on assiste jusque-là », selon Fousseyni Diop, responsable gouvernance et engagement civique de l’Association pour une jeunesse citoyenne, active et démocratique (AJCAD), membre de la Synergie 2022.

Certains candidats ou partis politiques ont pris l’habitude d’anticiper les campagnes électorales en toute illégalité. Le rallongement du temps de campagne permettra donc aux candidats de convaincre davantage les électeurs, « ainsi le taux de participation peut être relevé et l’élu bénéficiera de plus de légitimité », ajoute M. Diop.

Pour ne pas casser la dynamique du premier tour en rallongeant trop le temps, Babarou Bocoum propose « un délai de 25 jours au maximum » entre les deux tours.

Des réformes sont nécessaires pour aboutir à des élections transparentes et apaisées. Et toutes les bonnes options sont à prendre.

Source : Benbere

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