Sanctions : l’ombre d’une double anomalie

Le séjour de 24 heures que vient d’effectuer à Bamako Goodluck Jonathan, le médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, s’est terminé sur une note rassénérant comme le laisse apparaître le tweet qu’il y a consacré : « Mon équipe et moi avons eu des discussions fonctionnelles avec le président de la transition, S.E le colonel Assimi Goïta ainsi que d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement. Nous avons noté les actions entreprises vers un calendrier de Transition viable et la promesse des autorités maliennes de rester engagées dans les efforts de restauration de l’ordre constitutionnel dans le pays et la sous-région « .

Pour dissiper tout malentendu sur   les intentions malveillantes souvent prêtées à l’Organisation sous-régionale à l’égard du Mali, l’émissaire d’Abuja d’indiquer que cette visite était également motivée par le désir d’exprimer « directement au gouvernement et au peuple maliens (nos) condoléances pour le meurtre de dizaines de civils innocents par des bandits armés dans les régions de Bandiagara et de Gao« .

S’agissant « des actions entreprises vers un calendrier de Transition viable  » Goodluck Jonathan a emporté avec lui un exemplaire du Journal Officiel de la République du Mali portant promulgation de la loi électorale votée le 17 juin par le Conseil National de Transition (CNT). Ce document précieux est venu s’ajouter à la création, le 10 juin précédent, d’une commission pour la rédaction d’une nouvelle Constitution par décret présidentiel. Deux actes majeurs devant être suivis de l’élaboration d’un chronogramme électoral consensuel et raisonnable pour que le 3 juillet prochain (dans moins d’une semaine) le sommet extraordinaire de la Communauté Ouest Africaine qui se tient à cette date à Accra (Ghana) mette en branle  » la levée progressive  » des sanctions économiques et financières frappant le Mali depuis le 9 janvier de l’année en cours.

Toutefois ce bel échafaudage pourrait être compromis par deux anomalies

La première est liée à une éventuelle candidature du colonel Assimi Goïta à l’élection présidentielle de fin de Transition qui se précise. La charte de la transition promulguée le 1er Octobre 2020 et celle révisée puis promulguée le 25 février 2022 stipulent toutes les deux en leur article 9 que «  le président de la Transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition » et que  » cette disposition n’est pas susceptible de révision« . Or voilà que la loi électorale votée le 17 juin par le Conseil National de Transition (CNT) et promulguée par le même président Goïta une semaine après, le 24 juin, stipule que «  les membres des forces armées et de sécurité, qui désirent être candidats aux fonctions de président de la République doivent démissionner ou demander à être mis à la retraite au moins quatre mois avant la date de l’élection présidentielle marquant la fin de la Transition« . Une nouveauté qui relance les spéculations au sein de la classe politique et de la société civile maliennes sur le dessein attribué aux militaires de s’éterniser au pouvoir après avoir pris goût à ses délices et qui n’échappera probablement pas à la vigilance sourcilleuse des chefs d’Etat de la CEDEAO, en particulier ceux nourrissant une sainte horreur pour la désertion des champs de bataille au profit du confort des bureaux climatisés. Cas du nigérien Mohamed Bazoum et, de façon plus feutrée, de l’Ivoirien Alassane Ouattara et du Sénégalais Macky Sall.

Quant à la deuxième anomalie, elle tient au paradoxe consistant pour le Premier ministre Choguel Maïga à conduire les tractations autour de l’élaboration du chronogramme électoral alors qu’il ne détient pas les atouts pour exécuter cette tâche délicate : son projet phare pour l’organisation des élections a été mis en pièces par le CNT, son appel au secours lancé  au colonel Assimi Goïta a été superbement ignoré, ses relations avec la classe politique, y compris le M5-RFP qui l’a porté à la primature, sont au plus bas  et, pour corser le tout, déjà sous sanctions ciblées de la CEDEAO (interdiction de voyager et gel des avoirs financiers) il a cessé d’être pour elle un interlocuteur comme l’a démontré le dernier séjour de Goodluck Jonathan dans notre capitale.

Saouti HAIDARA

Source: L’Indépendant

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