Renouvellement de la présence onusienne au Mali : Le ministre Diop accuse la Minusma de déstabiliser le Mali

Attendu cette année avec plus d’impatience et d’intérêt que les fois précédentes, le renouvèlement annuel du mandat de la Minusma a été effectif à la date du 30 juin comme d’habitude. Par 13 votes favorables et deux abstentions, le Conseil de Sécurité de l’ONU a rendu son verdict à travers une résolution en demi-teinte pour les attentes et conditions du pays auquel elle s’applique.

L’abandon de l’appui de la Minusma aux services sécuritaires de l’armée française, réclamé à cor et à cri par les autorités maliennes, ne peut être qu’un maigre motif de satisfaction pour de Bamako. Et pour cause, en plus d’être très peu explicite, la souveraineté et le libre-arbitre qu’il sous-tend ne paraissent guère saufs avec l’autorisation donnée a la mission onusienne de recourir «à tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat». La contrariété des attentes maliennes transparaît également dans la différence de perceptions des priorités du nouveau mandat en question. Voulues par le ministre des Affaires étrangères en termes de retour de l’administration sur l’ensemble du territoire malien, les nouvelles priorités stratégiques assignées à la Minusma interviennent finalement avec une nette prépondérance accordée à la mise en œuvre des composantes institutionnelles et sécuritaires de l’Accord ainsi qu’à la prise en compte des causes profondes des conflits. Pour ce faire, la mission malienne de l’ONU passe à une formule plus robuste, qui préconise par ailleurs une collaboration plus étroite et des échanges d’informations avec les ramifications régionales de l’Organisation ainsi qu’avec les partenaires sous-régionaux y compris le G5 Sahel banni du Mali.

La prorogation du mandat de la Minusma a été aussi l’occasion d’affirmer l’attachement des Nations Unies à la brûlante question des droits de l’homme qui l’oppose désormais au pays hôte. La résolution tend en effet à briser le verrou des obstacles des autorités maliennes aux enquêtes indépendantes longtemps sollicitées par la communauté internationale quant aux présomptions de violation de droits humains qui pèsent sur les forces de défende et de sécurité et leurs partenaires, entre autres acteurs du théâtre. Un point d’achoppement qui risque de tourner au bras de fer, à en juger par les réactions suscitées chez divers acteurs de la diplomatie malienne. À la suite de l’ambassadeur du Mali auprès des Nations Unies, qui a clairement signifié l’intention des autorités de Transition de s’opposer vigoureusement à toute présence des limiers de l’ONU sur le terrain sans accord préalable du pays hôte, le ministre Abdoulaye Diop en personne est monté au créneau pour renchérir à coups d’insistances sur la souveraineté du Mali et de nuances sur la supranationalité des décisions de l’ONU. Pour le plus retors de diplomates en fonction au Mali, les enquêtes indépendantes relèvent de prérogatives régaliennes exclusives de l’Etat dans l’accomplissement desquelles la mission des Nations Unis ne peut qu’accompagner. Dans son plaidoyer pro domo, Abdoulaye Diop s’adjuge par ailleurs comme exploit diplomatique l’abstention de deux membres du Conseil qu’il interprète comme un alignement au rejet de toute atteinte à la souveraineté du Mali par l’ONU.

Au nombre des arguments avancés pour réfuter les enquêtes indépendantes la diplomatie malienne évoque en outre des velléités de politisation et d’instrumentalisation de la Minusma par certains pays membres de cette mission, qui s’abriteraient derrière les droits de l’homme pour poser des problèmes au Mali. Autant de raisons pour Bamako de refuser l’application de la résolution et de ne laisser aucune mission onusienne accéder à des sites, a soutenu le ministre des affaires étrangères sur le plateau de l’Ortm. «…La souveraineté et les prérogatives régaliennes de l’Etat malienne doivent être respectées et nous n’accepterons pas qu’il y ait des malices pour atteindre d’autres objectifs et déstabiliser l’Etat malien», a-t-il martelé au sujet de la Minusma, sans daigner occulter auparavant que le Mali était lui-même demandeur du renouvèlement de la mission que son chef de la diplomatie soupçonne de déstabilisation. Seulement voilà : il n’était sans doute pas envisageable que ce renouvèlement soit agréé avec ses conditions plus favorables aux alliés du Mali qu’aux puissance adverses et non moins supports financiers des missions onusiennes.

Au nombre desquelles les États-Unis, qui ont tout l’air de suppléer au départ de la France en donnant de la voix dans un sens opposé aux alliés de Bamako au Conseil de sécurité, à savoir : l’affirmation d’un attachement indéfectible à l’effectivité des enquêtes indépendantes. Et, à en juger par le ton de leur dénonciation de la posture des autorités maliennes sur le sujet, il y a lieu de craindre des étincelles dans l’air en cas de persistance des autorités a refuser la libre circulation de la mission onusienne sur le territoire malien.

A KEÏTA

Source : Le Témoin

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