MALI quand le peuple se réveille

Après trois décennies d’une gestion paternaliste et clanique du pouvoir par une oligarchie ploutocratique, le peuple malien est-il plus épanoui qu’en 1990 ? Rien n’est moins sûr. Se cachant derrière des élections tronquées à souhait, l’élite politique n’a fait qu’entretenir, mandat après mandat, l’illusion démocratique. Sous le poids de l’arbitraire et de scandales à répétition au sommet de l’État, les forces vives ont fini par sonner la fin de la récréation en mettant fin au régime d’IBK, le dernier des mohicans de la 3e république.

CEUX QUI OUBLIENT LEUR PASSE SONT CONDAMNÉS À LE REVIVRE

On a vu certains acteurs du mouvement dit démocratique se réunir à la « Pyramide du souvenir » pour, selon eux, commémorer les trente années de la révolution de mars 1991. Les témoignages ont été parfois poignants. Entre les demi-vérités et les demi-mensonges, un pan de voile est tombé sur le rôle et la responsabilité des uns et des autres dans la débâcle actuelle du Mali. Et plutôt que de faire un « mea culpa » salvateur, on a vu quelques papys s’exhorter à reprendre le flambeau de la lutte, les mêmes qui font une poussée d’urticaire chaque fois qu’on dit du bien de l’équipe dirigeante actuelle, oubliant que c’est la lutte des clans au sein de l’ADEMA et le fameux accord de partage des ressources qui en a résulté qui ont ouvert la voie à la grande corruption et la promotion des non-valeurs. En réalité, toute la doctrine des acteurs politiques du mouvement démocratique s’est bâtie sur un grand paradoxe qui ne fait plus recette : la diabolisation à outrance de Moussa Traoré présenté comme un dictateur sanguinaire et la victimisation. Et pourtant, l’ADEMA d’Alpha Oumar Konaré n’a pas dédaigné la dépouille chaude de l’UDPM de Moussa Traoré, choisissant de passer par pertes et profits le fameux « kokadje » longuement scandé à l’époque, court-circuitant au passage le CNID de Mountaga Tall dont c’était le cheval de bataille. L’ADEMA et d’autres partis de la même galaxie ont ensuite flirté et mangé avec tous les régimes jusqu’à la chute d’IBK.

L’échec de cette politique du ventre est patent et a montré que le salaire du péché, c’est la mort. Une nouvelle race d’hommes politiques est en train d’émerger, soutenue par les jeunes maliens de l’intérieur et de la diaspora, longtemps anesthésiés qui se réveillent et commencent à croire en l’avenir.

Assimi Goïta incarne naturellement le désir de changement de cette jeunesse panafricaniste et des réseaux sociaux dont la phobie hante les couloirs de nombreux palais présidentiels. Désormais, en Afrique et même au-delà, on parle de l’exemple malien, confirmant que le choix du chef peut changer le destin d’un pays. En effet, Choguel et Diop pour ne citer que ces deux cas, étaient membres du gouvernement sous IBK. Les mêmes sous le leadership de Assimi Goïta sont devenus des lions doublés de techniciens chevronnés. En vérité, n’importe qui ne peut être le président d’un pays comme le Mali, et cela doit se savoir depuis la sélection des dossiers de candidature.

LA RECHERCHE DU POUVOIR UNIT, L’EXERCICE DU POUVOIR DIVISE

La chute du régime d’IBK a été le résultat d’un ensemble de facteurs assez bien structurés. Le M5-RFP a été conçu et préparé pour devenir une vraie machine de contestation dont le travail a été parachevé par l’Armée. Tout s’est apparemment bien déroulé jusqu’à la mise en place du 1er gouvernement de transition. La CEDEAO a exigé une transition civile, mais les jeunes militaires réunis au sein du CNSP savaient qu’il leur fallait garder la main pour éviter une rechute. Dans un premier temps, un officier à la retraite a été proposé à la tête de la transition. La Primature échoit alors à Moctar Ouane qui aurait été proposé par l’une des figures les plus emblématiques du M5-RFP, l’iman Mahmoud Dicko. Donc, ni le président, ni le vice-président, ni le Premier ministre de transition n’étaient membres du M5-RFP qui a pourtant été la véritable force de frappe ayant eu raison du régime. Pendant ce temps, la France conduisait le bal dans le Sahel, mais aussi au sein de la classe dirigeante. Le test-piège pour Bah N’Daw sera la dissolution du CNSP et, lorsque la Russie est sollicitée par le ministre de la Défense, l’émoi gagne Paris qui convoque le président de transition pour lui donner des instructions. Les jeunes militaires sont dans le viseur et, en bons stratèges sûrs de leur fait, ils anticipent en remettant Bah NDaw au placard. Assimi Goïta prend alors les commandes et la connexion avec le M5-RFP est vite rétablie. Dès que Choguel K Maïga prend les commandes comme Premier ministre, le Mali redevient comme par miracle un autre pays : discours mémorable aux Nations Unies, rapprochement avec la Russie, renvoi de l’Ambassadeur de France, dénonciation des accords de défense avec la France. L’armée équipée et requinquée vole de victoire en victoire, malgré l’embargo décrété par la CEDEAO. D’anciens responsables politiques traînant des casseroles trop bruyantes et en rupture de ban ont trouvé asile dans un pays voisin.  Ceux restés au Mali font profil bas ou rasent les murs. Le Mali désormais placé sous le paratonnerre russe semble quasiment intouchable. La tentative d’isolement et d’étouffement a tourné au vaudeville pour les chefs d’État de la CEDEAO, doublement piégés par la France, désormais à la recherche d’une sortie honorable. A la surprise générale, les Maliens sont parvenus à brouiller toutes les cartes en renversant une situation fortement compromise à leur profit. Le petit marteau est en train de casser, dans le calme et la sérénité tous les gros cailloux à la grande joie des populations qui se sentent revivre.

Depuis la fin du régime de Modibo Kéita, le Mali attendait une véritable révolution prenant en compte la souveraineté et les préoccupations nationales. Le peuple est aujourd’hui un acteur écouté parce que Assimi a sorti le pouvoir de la mare aux crocodiles. Quand la calvitie arrive dans une contrée désertée par les vieux, elle s’installe sur la tête des jeunes. Au Mali, la sagesse a choisi son camp.

Mahamadou Camara

Email: mahacam55mc@gmail.com

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