Mali : L’après IBK, le film des 24 premiers mois de Transition

De 18 Août 2020 au 18 Août 2022 : il y’a deux ans jour pour jour. Le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta vacillait.

Les masses populaires crient leur ras-le-bol dans les rues de Bamako. C’était la révolte. Le Président Keita, dans son palais, fermait les yeux, les oreilles et la bouche. Les cris revendicateurs de changement ne sont guère audibles. 

Finalement, l’imparable est arrivé. Il est renversé par un groupe de jeunes officiers regroupés au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), dirigé par le colonel Assimi Goïta. Ils affirment avoir parachevé une révolution des masses. Le M5-RFP, association de politiques, religieux et société civile, ont déjà préparé le terrain. 

Le colonel Assimi Goita est dévisagé à la télévision nationale. Il était en compagnie d’autres officiers et hommes de rangs. Le nouvel homme fort entreprend un vaste projet de renaissance d’un pays à l’abandon. La gabegie financière, l’insécurité et la mauvaise gouvernance ont eu raison d’un peuple affaibli par la rébellion et le terrorisme. 

Que faire ? Tout refaire. A commencer par les fondamentaux. Après quelques mois de fortes pressions de la Communauté internationale notamment la Cedeao, pour retour d’un civil au pouvoir, ce jeune officier issu des Forces spéciales maliennes devient alors vice-président de la Transition, en charge des questions de Défense et de sécurité, à la suite de l’élaboration d’une Charte de Transition. 

Le choix est porté sur un officier à la retraite et ancien ministre de la Défense réputé « intègre et patriote ». Bah NDaw prête  officiellement serment le 25 septembre 2020, comme président de la Transition, pour une  période de 18 mois convenue avec la Cedeao et la classe politique malienne.

Un premier gouvernement de Transition sera dirigé par un ancien diplomate de carrière jugé apte pour la circonstance. Nommé Premier ministre le dimanche 27 septembre de la même année,  Moctar Ouane pilotera  une équipe de 25 ministres, selon les dispositions de la Charte  avec des départements de souveraineté réservé à  certains colonels du CNSP notamment la défense attribuée au colonel Sadio Camara. 

C’est dans ce contexte politique incertaine, que le Mouvement du 05 juin, rassemblement des Forces patriotiques, (M5-RFP) dont le Comité stratégique dirigé par Dr Choguel Kokalla Maïga, monte de nouveau au créneau contre les autorités de l’époque pour dénoncer la « confiscation du pouvoir par les militaires ». Ainsi, le M5-RFP s’estime alors abandonné par les militaires qui avaient pourtant affirmé solennellement être venus parachever la lutte héroïque peuple Malien pour le changement, que le Mouvement avait porté haut. Ce, à travers plusieurs mois de  contestation par coup de manifestations populaires au Boulevard de l’indépendance. 

Ces rassemblements protestent encore et encore contre la multiplication des attaques terroristes, notamment au Nord et au Centre du pays,  l’ingérence de la France aux affaires intérieures du Mali, les arrestations jugées extrajudiciaires et la vie chère aggravée par la pandémie de la Covid- 19. Des manifestations qui aboutiront même à la désobéissance civile…

Avec cette nouvelle donne politique caractérisée par 09 mois de nouvelles contestation, le M5-RFP se verra attribuer la Primature après une « rectification » de la trajectoire de la Transition suite aux événements du 24 mai 2021 ayant conduit à la prestation de serment du colonel Assimi Goïta comme chef de l’État le lundi 07 juin 2021 devant la Cour suprême, après avoir mis le président Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane « hors de leurs prérogatives » juste quelques heures après l’annonce du gouvernement Moctar Ouane Il dans lequel des ténors de l’ex-CNSP ne figuraient plus. 

Les deux personnalités seront conduits à la caserne militaire de Kati. Leur parcours politique s’arrête là, à la porte de la garnison de Kati.

Cette étape sera suivie par la démission du président Bah N’Daw accusé « d’avoir divulgué des secrets défense à la France » par les vrais auteurs du coup d’État contre IBK. Le Médiateur de la Cedeao au Mali, l’ancien président de la République fédérale du Nigeria, Goodluck Jonathan, était pris de court. Sa présence à Bamako quelques jours plus tard n’a rien arrangé. Le vin était tiré. Il fallait le boire.

Cette rectification du trajectoire de la Transition sera qualifiée par les autorités françaises de second coup d’État en un an. Les médias internationaux en font leur choux-fleurs. Toute chose qui contribuera à la dégradation des relations entre Paris et Bamako avec une escalade verbale qui aboutira à expulsion de l’ambassadeur de France au Mali le 31 janvier  dernier. La Radio française RFI et France 24 connaîtront le même sort. Bamako ne rigole plus. 

Par la suite, le président français Emmanuel Macron décide, de façon unilatérale de mettre fin à la Force Barkhane et de la redéployer hors du Mali suite à la volonté des nouvelles autorités de la Transition de diversifier leurs partenaires notamment en renforçant la coopération avec un «  vieil  ami » du Mali, la fédération de Russie.

Fortement perturbée par ce bras de fer avec le partenaire historique qui est France, sous le leadership courageux du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, le Mali dénonce le traité de coopération militaire qu’il avait avec la France et informe la Cedeao de l’impossibilité de respecter les 18 mois convenus. Ainsi, les recommandations des Assises nationale de la refondation (ANR) tenues  du 27 au 31 Décembre 2021 fixent la nouvelle durée de la Transition dans l’intervalle de 06 mois à 05 ans. 

Ce projet de  chronogramme présenté à la Cedeao pour discussion, sera perçue par l’organisation sous régionale comme une « provocation » qui imposera de lourdes sanctions économique et financière au Mali  à l’issue de son 61è Sommet ténu le 09 janvier 2022 à Accra au Ghana. Erreur. 

Le Mali résistera à cet embargo « illégal » et disproportionné jusqu’à sa levée le 03 juillet dernier après six longs mois de difficultés au cours desquels les autorités de la Transition ont entrepris des mesures de renforcement de partenariat avec les voisins de Guinée et de la Mauritanie. Grâce à la résilience dont le pays a fait montre, les sanctions ont renforcé le nationalisme. Les sanctions sont levées au bout d’un long moment d’hésitation et de bras de fer. 

Finalement, toute honte bue, voilà les frontières ouvertes sans pouvoir entamer la détermination des nouvelles autorités à rendre au Mali sa dignité. Et le vaste chantier du Mali Coura continue…

A.TRAORÉ et A. CISSE

Source: L’Essor

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