Maintien de la paix : Sale temps pour la Minusma à cause d’un mandat mal ficelé ?

Déjà dans la tourmente du bataillon ivoirien parachuté à Bamako pour une mission inavouée et inavouable, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) traverse actuellement une sale période avec l’expulsion de son porte-parole et la pression exercée par le Mouvement «Yerewolo Debout sur les remparts» qui exige son retrait avant le 22 septembre prochain. Autant dire que son nouveau mandat ne commence pas sous de bons auspices.

 Le porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), M. Olivier Salgado, avait 72 heures pour quitter le territoire malien à partir du 20 juillet 2022. Et cela à la demande du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI). Il lui est reproché d’avoir été incapable d’apporter la preuve des affirmations  contenues dans ses tweets affirmant que «les autorités maliennes ont été informées de l’arrivée des 49 militaires ivoiriens» arrêtés le 10 juillet dernier à l’aéroport international «Modibo Keïta-Sénou».

«Cette mesure fait suite à la série de publications tendancieuses et inacceptables de l’intéressé sur le réseau social twitter déclarant, sans aucune preuve, que les autorités maliennes auraient été préalablement informées de l’arrivée des 49 militaires ivoiriens par vol civil, à l’aéroport international président Modibo Keïta, le dimanche 10 juillet 2022», a précisé le communiqué.

Et, a-t-on indiqué, une «demande officielle» lui a été adressée à travers sa hiérarchie depuis le 12 juillet 2022. Il lui a été demandé de fournir la preuve des affirmations contenues dans ses tweets ou, au cas contraire, de «porter la rectification nécessaire dans la même forme». Cette demande est restée sans suite. Le ministère a souligné qu’il ne pouvait «passer sous silence ces agissements qui portent atteinte au partenariat avec la MINUSMA et d’autres partenaires».

Le MAECI a néanmoins réitéré sa «disponibilité constante à maintenir le dialogue et à poursuivre la coopération» avec l’ensemble de ses partenaires internationaux, y compris la MINUSMA, dans «un esprit de solidarité, de complémentarité et de respect mutuel». A noter que l’affaire des 49 militaires arrêtés a déjà entraîné le 14 juillet dernier la suspension de toutes les rotations des contingents militaires et policiers de la Minusma), y compris celles déjà programmées.

Le même jour (mercredi 20 juillet 2022), le Mouvement «Yerewolo Debout sur les remparts» dans un courrier déposé au Quartier général de la mission onusienne à Bamako a exigé qu’elle quitte le pays avant le 22 janvier 2022. Cette organisation l’accuse d’être maintenant «une force d’occupation qui ravive et entretient la peur, les clivages ethniques et la méfiance entre les communautés au Mali»…

«Sans équivoque, le paragraphe 12 de la résolution 2164 du 25 juin 2014 permettait à la Minusma d’user de tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat…En clair, le mandat de la Minusma a été vidé de son contenu authentique», a-t-il déploré.  Le Mouvement reproche aussi à la mission ses «rapports biaisés» sur la situation au Mali.

«La Minusma se donne la seule mission d’enquêter parmi les morts pour savoir qui sont bons et qui sont mauvais. Or, elle n’est pas en capacité de dénicher parmi les vivants les terroristes, sous prétexte que dans la guerre asymétrique, cette tâche n’est pas réalisable», a-t-il conclu. Par conséquent, il demande «le retrait pur et simple» de la MINUSMA du territoire malien avant le 22 septembre 2022.

Créée le 25 avril 2013 par la Résolution 2100 du Conseil de sécurité des Nations unies, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) est une opération de maintien de la paix. Le 28 juin dernier, son mandat a été prorogé jusqu’en 2023 par le Conseil de sécurité avec 13 voix pour et 2 abstentions (Chine et Russie). Sans être opposées au renouvellement de son mandat, les autorités de la transition avaient exprimé des réserves par rapport à certains chapitres controversés permettant notamment à la France de se maintenir encore dans notre pays. Mais, le Conseil de sécurité de l’ONU a  fait fi de ces «attentes et réserves» qui pouvaient pourtant être des gages de réussite du nouveau mandat. En passant outre, sous l’influence de la France, il a mis une pression supplémentaire sur la Minusma.

Naby

Source :Le Matin

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