LETTRE OUVERTE À L’IMAM MAHAMOUD DICKO

Pour camper le décor, il est important que je présente  l’homme qui fait autant parler de lui ces dernières années, au Mali et dans le monde.

Né vers 1954 à Tombouctou dans une famille de lettrés musulmans, Mahmoud Dicko vous êtes un salafiste quiétiste connu aujourd’hui, comme un leader politico-religieux très influent. Vous avez dirigé le Haut Conseil Islamique du Mali de 2008 à 2019 et pris part à tous les grands évènements politico-religieux que le pays a vécus ces dernières décennies dont, entre autres, la grande mobilisation du 22 août 2009 ayant réussi à casser le nouveau code de la famille du Gouvernement d’Amadou Toumani Touré et à la chute du régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta en août 2020, grâce à un mouvement bien structuré, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants (CMAS) de Mahmoud Dicko, après des mois d’une mobilisation gigantesque sous le leadership des acteurs du Mouvement du 5 juin et Rassemblement des Forces Patriotiques(M5-RFP), sur le Boulevard de l’Indépendance.

Depuis, votre personnalité s’est imposée et a gagné une large audience à travers tout le pays en raison de votre qualité d’orateur hors pair et d’un grand meneur de foule. Auréolé de prestige, d’une immense popularité et de titres assez flatteurs comme l’Imam le Guide, le Sage, l’Eclairé, le Messie, etc., l’excès de confiance vous est monté par le nez et la tête, à tel point que vous vous êtes senti assez puissant alors que, seul Dieu est Puissance. Devenu par la force des choses, un vrai faiseur de rois qui fait et défait les locataires du temple de Koulouba comme en 2012 contre Amadou Toumani Touré (ATT) et en 2020 contre Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), vous êtes désormais courtisé par la classe politique malienne et par la Communauté Internationale que vous avez réussie à bien encenser.

Les différents Gouvernements d’ATT et d’IBK, ont aussi subi le même sort. Imprenable dans vos savantes dribbles, vous vous êtes, au fil des ans, éloigné de votre peuple, celui-là même qui vous a accompagné dans tous vos combats, pour une raison ou pour une autre, prétextant retourner à votre mosquée et vous consacrer aux prières et prêches. Le 24 mai 2021, marque la prise du pouvoir par le Colonel Assimi Goïta dans une Transition dite de « Rectification », après que le Président de la Transition Bah N’Daw et son Premier Ministre Moctar Ouane  (votre homme de main)  aient été écartés, pour Haute Trahison, nous a-t-on dit. Depuis, votre destin a basculé vers le bas de la gloire et vos intérêts aussi.

Mis à l’écart par le nouveau locataire du temple de Koulouba et désormais loin des délices du pouvoir, voilà en fait, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! Ainsi donc, vous ne ratez aucune occasion pour critiquer, sermonner, vilipender dans des propos souvent belliqueux, haineux et vexatoires, les nouvelles Autorités de la Transition de la Rectification dont le Président Assimi Goïta lui-même et son Premier Dr Choguel Kokalla Maïga, qui ont cependant, choisi en toute responsabilité, d’inscrire leurs actions, dans l’intérêt général du Peuple malien et dans le sens de la défense de notre Patrie afin de lui ens restituer, son honneur, sa dignité et sa souveraineté pleine et entière.  Dans cette foulée de désamour, arrive le jeudi 26 mai 2022, la tenue de la 22ème édition annuelle du Forum de Bamako, sur le thème « Femmes, Paix, Sécurité et Développement en Afrique : Notre avenir dans la marche du monde ». Comme toutes les grandes rencontres du pays, en bon leader, respecté, influent et incontournable sur les grandes questions de la Nation, vous y avez été invité pour apporter votre contribution de qualité tant le thème à l’ordre du jour, répondait bien à votre profil d’homme religieux et politique. Mais, contre toute attente, Imam Dicko, vous avez frappé fort et même très fort, dans un pamphlet enchaînant un platement de citations, de proverbes et de propos à équivoque qui ont surpris plus d’un, si bien que beaucoup vous accusent d’avoir été furieux, revanchard et ambiguë envers les Autorités de la Transition, tout au long de votre intervention qui fera longtemps tache d’huile. Un morceau choisi de votre  intervention : « Pendant que le peuple malien est pris en otage par des gouvernements arrogants, je dis bien arrogants, on ne cherche pas une solution et la Communauté internationale par leur orgueil… C’est le peuple malien qui est en train de payer ça. C’est extrêmement grave, une classe politique qui ne bouge pas qui n’existe plus, une société qui a cessé d’exister et le peuple est en train de trembler entre les gens qui veulent une transition indéfinie ». Des Gouvernants arrogants, une communauté internationale orgueilleuse et une classe politique moribonde, etc., voilà la mimique qui vous taxe d’avoir dépassé la limite de l’acceptable.

Imam Dicko, pensez-vous que le contexte actuel dans lequel est plongé le pays se prêtait à de tels gestes expressifs, à un tel tranchant discours ? Surtout quand vous savez que chacun de vos mots est écouté, pesé, minutieusement décrypté et susceptible d’extrapolation dans son contenu. Tout cela arrive malheureusement au moment où on vous soupçonne de conspirationniste contre les Autorités de la Transition, avec l’accompagnement de certains de nos compatriotes civils et militaires en rupture de ban depuis quelque temps, faute de n’avoir pas été invités aux différents festins de la Transition de Rectification.

Par cette prise de position, Imam Dicko,  n’êtes-vous pas en train de venger, mais sous forme voilée, les terroristes traqués depuis quelques mois par une Armée qui monte en puissance? N’êtes-vous pas un Imam à deux langues ? Une pour défendre ces terroristes et la Communauté internationale et une autre pour stigmatiser les gouvernants de la Transition qui ont pourtant, le soutien d’une partie importante du Peuple.

Arrogance ! Parlons-en maintenant ! Imam Dicko, à ce sujet n’a-t-on pas dit que, l’arrogance est le défaut des bons Chefs ? Elle précède la ruine, tandis que l’orgueil précède la chute. Dérivé du latin « arrogantia », le terme « arrogance », est l’attitude ou le comportement qui se manifeste par des manières hautaines, blessantes et orgueilleuses. Ceci dit, quand et où, le Président de la Transition, Chef de l’Etat Assimi Goïta et son Gouvernement ont-ils eu depuis le 24 mai 2021, date de leur prise de pouvoir, de comportements « arrogants » à l’endroit du Peuple malien ou de la communauté internationale ? Imam Dicko, où est l’arrogance de nos gouvernants ?

C’est quand le Premier Ministre,  Dr Choguel Kokalla Maïga,  du haut de la tribune des Nations-Unies, avait déclaré le 25 septembre 2021, que « la France a abandonné le Mali en plein vol » ? Ou c’est quand les Autorités de la Transition ont demandé le départ du Mali sans délai, des forces françaises et européennes Barkhanes et Takuba ? Nos gouvernants ont-ils été arrogants parce qu’en toute souveraineté, ils ont refusé de se soumettre aux diktats des chefs d’Etat de la CEDEAO qui ont décidé d’infliger au Mali, des sanctions politiques, économiques et financières injustes, illégales et inhumaines dictées par la France ?

Ou encore, parce qu’ils ont décidé de diversifier leur partenariat notamment avec la Russie après l’échec des forces étrangères d’assurer la sécurité des maliens, après neuf ans de présence ? Ont-ils été arrogants pour avoir demandé à l’Ambassadeur de France de quitter le Mali après qu’on ait découvert et étalé sur la place publique, ses activités subversives et aussi, en réponse aux propos belliqueux, discourtois, haineux, diffamatoires et insultants des plus Hautes Autorités françaises ? Ont-ils été arrogants pour avoir retiré le Mali du G5 Sahel, après que la présidence tournante de l’institution lui ait été refusée par le Président du Tchad, sous l’influence de l’ingérence d’une puissance extrarégionale ?

Imam Dicko, voilà des interrogations qui vous interpellent et vous appellent à revoir votre posture actuelle. Et loin de vouloir vous dispenser un quelconque cours de vocabulaire, je me suis dit un instant, s’il n’était pas plus sage pour vous de parler de fermeté plutôt que d’arrogance qui aurait dû tempérer la passion chez les uns et les autres ? Certainement oui car,  le Peuple du Mali, dans sa majorité, se reconnait avec fierté, dans toutes les décisions importantes, responsables et souveraines prises par les Autorités de la Transition, restées inflexibles dans un élan de sacrifice, de patriotisme au nom de l’honneur et de la dignité, en imposant avec fermeté à la communauté internationale, le respect de la volonté du Peuple du Mali et de celui de son intérêt général,

Voilà désormais Imam Mahamoud Dicko, la ligne de conduite de tout un Peuple débout et fier de ses gouvernants soucieux et fermes et non arrogants. Ceci dit, au nom de la cohésion sociale tant recherchée, il serait souhaitable que vous vous remettiez en cause, Imam Dicko pour revenir dans la République. Car,  il n’est jamais trop tard. Aussi, vous devez demander pardon au Peuple et à ses gouvernants, plutôt que de continuer à remuer le couteau dans une plaie qui peine encore à se cicatriser. Ne dit-on pas que le pardon aide à nettoyer, à laver nos blessures et surtout à les cicatriser au plus vite ? Ainsi donc, en acceptant d’accomplir ce geste d’humilité et d’apaisement, vous aurez purifié votre cœur de toute rancœur et vous aurez gagné en grandeur et en sagesse dans votre vie de tous les jours.

Imam Mahamoud Dicko, c’est bien ce message que j’ai pour vous, par cette lettre ouverte !

Dr Allaye GARANGO, Enseignant-Chercheur, ENSup / Bamako (Mali)

Source : Le Pélican

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