LETTRE À GRAND-PÈRE : HOMMAGE À DIOGOU SIDIBÉ LA MARTYRE !

Cher grand-père ! Cette 31ème lettre s’écrit avec une plume de douleur trempée dans une encre de larme et de sang, sur une tablette de désolation. Diogou Sidibé la Martyre ! Diogou le summum du crime et de l’animosité. Diogou, l’histoire. Diogou Sidibé, ce que nous sommes et ce que nous sommes devenus. Des apologistes de crime et d’esclavagisme. Diogou ! Notre silence est crime. Notre inertie est apologie. Notre indifférence est complice. Diogou la martyre du passé, du présent et du futur.

A toutes les Diogou qui vivent encore sous le statut d’esclave et le sceau de notre indifférence, ignorance et contumace. A toutes ces petites Diogous qui continuent de naitre à Kayes et dans le Nord du Mali. A celles qui sont encore adolescentes. Celles qui vont bientôt faire la rusée des criminels et des objets de plaisir des sanguinaires, devant le sceau notre silence, de la fuite de l’Etat et du Oui de la Justice. « C’est une coutume », dit-on. « On la combat petit à petit ». Hélas !

Hommage à Diogou la martyre ! Assassinée pour avoir dit Non à l’esclavagisme ! Assassinée pour ses Droits les plus fondamentaux et les devoirs de l’Etat les plus constitutionnels. Hommage à toutes les Diogous. Cette autre Diogou qui va mourir assassinée. Cette autre Diogous qui va être tuée, massacrée et charcutée. Hommage à cette autre Diogou, qui va être brulée et jetée dans le sac de notre rire, de notre indifférence et notre non-indignation. Hommage à elles ! A toutes les Diogous, qui seront violées dans les champs, massacrées dans les rues et jetées dans les feux. Hommage à elles !

La nature  doit contenir encore les soupirs de cette vieille dame en rendant l’âme. Ses cris quand elle faisait ses derniers gémissements, ses derniers cris. Quand, elle murmurait peut-être, pour la dernière fois, « je ne suis pas esclave. Je ne suis esclave ». Et quand elle suppliait, « ne me tuez pas. Ne me tuez pas ». Une vieille de 71 ans, privées de sa vie parce qu’elle a dit Non à l’esclavage. A être esclave. Pourquoi tuer cette femme ? Pourquoi tuer cette vieille de 71 ans. Pourquoi tuer cette vieille aux lèvres noires ? Pourquoi ?

Adieu Diogou ! Adieu la Martyre des Droits humains. Adieu la victime du silence de l’Etat, de l’indifférence de la société et de la non-indignation de la Justice. Adieu, Diogou, l’apologie du crime et de l’esclavagisme. A quoi, ça sert de se remplir le vendre, si de l’autre côté, une vieille dame de 71 ans est assassinée pour avoir refusé d’être esclave. A quoi ça sert de vaincre les islamistes, les rebelles et les terroristes. A quoi ça sert de se battre, si encore dans la République, il existe des nobles et des esclaves. Et on dit Oui. « Qui ne dit mot, consent » ! Adieu Diogou Sidibé ! Adieu la Martyre !

 

Lettre de Koureichy

Source : Mali Tribune

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