Les revues de presse : Viviers ou tombes pour la presse écrite ?

Aujourd’hui, toutes les radios au Mali ont dans leur programme une émission de revue de presse, les chaînes de télévisions ont aussi leurs émissions de compilation des journaux du jour. Ces émissions constituent les véritables sources de l’actualité pour nombre de Maliens, intellectuels ou pas.

Certains auditeurs sont câblés sur l’émission d’une radio, d’autres suivent en fonction des animateurs, il y’a aussi ceux qui, du matin au soir, glissent d’onde en onde.

Les animateurs déroulent les informations du jour en fonction de leur sensibilité, ou en fonction des directives des différentes directions, ou par affinités. Cependant, le message est relaté selon l’orientation de l’animateur. Il peut donner une certaine gravité à la nouvelle, peut ironiser, ou y mettre de l’humour. Il est le seul à choisir le timbre émotif concernant la nouvelle. Souvent c’est un duo, et dans ces cas on peut sentir, ou une complicité totale, ou partielle, ou même des duels parfois.

Ces revues de presse se sont bien installées dans l’environnement médiatique, et sont devenues pratiquement indispensables, surtout pour les analphabètes, mais il ne faut pas du tout négliger le taux d’écoute des lettrés également. Elles sont parvenues à faire du résumé informatif neutre, un spectacle informatif à sens orienté selon l’animateur.

Ce phénomène démontre l’abandon de la lecture dans le milieu intellectuel, tout en montrant un grand intéressement des non lettrés à l’actualité. Pourtant, il y’a lieu de se poser des questions sur la qualité du message. Concernant les animateurs, on doit se demander s’ils ont réellement le niveau requis pour pouvoir prendre la responsabilité de résumer l’actualité pour le public, surtout pour celui qui est non averti. Quelles attestations? Maîtrisent-ils les nuances des langues utilisées, celle de la source et celle qui décode? Et la déontologie est-elle respectée? Des formations continues de mise à niveau sont-elles organisées à leur endroit ? Les réponses à ces questions sont très importantes, parce que la responsabilité du travail de ces animateurs est énorme sur l’opinion nationale, donc sur l’atmosphère du pays.

Par ailleurs, il faut faire remarquer que ces revues vivent et tiennent leur crédibilité de leurs sources, c’est-à-dire les journaux écrits. C’est vrai qu’elles donnent une visibilité de plus aux journaux, mais en même temps elles abaissent leur vente. N’est-il pas nécessaire de trouver une solution à ce dilemme?

Les organes de presse écrite créent des emplois, et forment des jeunes cadres. Aussi, ils permettent de bien informer de façon globale, de donner des explications plus détaillées dans leurs articles sur des affaires bien fouillées et s’assument parfaitement. Enfin, les journaux suscitent la lecture populaire. Ils instruisent le peuple, en amenant le grand public à l’analyse et à la méthode. Malheureusement si l’on ne règle pas le partenariat du tandem, presse écrite et revues de presse sur les radios et télévisions, qui va au-delà des annonces des titres, les journaux, qui sont paradoxalement le vivier disparaîtront.

Nous pensons qu’il serait nécessaire d’initier un nouveau paradigme qui donnerait l’occasion aux journaux de profiter aussi de l’espace publicitaire que les radios monnaient autour des émissions revues de presse. Ou par exemple que chaque émission de revues de presse verse un certain montant annuellement à la faîtière des organes de presse écrite, qui verra à son niveau quelle stratégie inventée pour faire bénéficier ses affiliés.

Nous précisons que nous n’avons rien contre les radios, mais nous nous inquiétons juste concernant la pérennité de ce système qui joue un grand rôle dans le cadre de l’information nationale.

Moussa Sey DIALLO

Source : L’Inter De Bamako

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