LE MALI TOURNE LE DOS À LA FRANCE AU PROFIT DE LA RUSSIE : ANALYSE D’UN CHANGEMENT GÉOPOLITIQUE AUX CONSÉQUENCES MULTIPLES

Après plus d’un siècle de suprématie occidentale, un nouvel ordre mondial est en passe de naitre avec comme têtes de proue la Fédération de Russie, la Chine continentale et l’Inde. Ce Bloc, qu’on pouvait autrefois appeler bloc de l’Est en opposition à celui de l’Ouest, va irrésistiblement séduire des dirigeants africains et dessiner une nouvelle configuration mondiale. Celle qui permettra d’extirper les pays les plus faibles des griffes de l’Occident paternaliste, impérialiste et hégémoniste. Ex colonie française, le Mali du Colonel Assimi Goïta semble être ce pays cobaye dans une sous-région ouest africaine acquise en grande partie à la cause de la Métropole, à avoir véritablement tourné le dos à la France d’Emmanuel Macron pour tendre la main à la Russie de Vladimir Poutine. Ce choix si largement partagé par le peuple malien n’est pas sans conséquences pour les deux pays. Le Mali va-t-il enfin donner le ton aux autres pays africains pour la libération totale du continent ?  Analyse d’une option qui ne fait pas l’unanimité dans un continent fortement occidentalisé.

S’il est indéniable d’affirmer que les puissances, qu’elles soient occidentales ou orientales, ne visent qu’un seul objectif, à savoir faire le maximum de profits, il demeure tout aussi clair que l’occident semble montrer un visage à la fois hideux et inhumain en condamnant les pays pauvres dans une précarité indescriptible d’où la levée de boucliers anti occidentale en Afrique. L’exemple des pays francophones passe de tout commentaire. Plus d’un siècle de domination, d’exploitation voire d’annihilation, la France de Charles De Gaule a exploité et continue d’exploiter ses anciennes colonies sans même leur donner la possibilité de s’épanouir. Le Franc CFA en est la parfaite illustration. Cette monnaie qui permet à la France d’avoir main basse sur l’économie des pays qui l’utilisent. L’ancien Président Jacques Chirac a eu le courage d’avouer que l’économie française vit de l’exploitation des richesses africaines. Un pays pourra-t-il se développer s’il n’est pas maître de son économie ? La réponse est sans nul doute non. Le hic est que la France a réussi à mettre sous ses aisselles tous les dirigeants politiques des pays francophones. C’est la France qui fait et défait les gouvernements de ses anciennes colonies parce qu’elle détient le cordon de la bourse et pourrait asphyxier financièrement tous les gouvernements rebelles à sa politique d’exploitation à outrance. Jamais le sous-développement, avec son corollaire de misère, d’insécurité en tous genres, des anciennes colonies françaises, n’a été la préoccupation des dirigeants français qui ne sont seulement mus que par leurs intérêts sordides au détriment des peuples africains. Pendant près d’un siècle les dirigeants politiques des pays francophones se sont accommodés de cette situation ou bien ils ont payé de leur vie leur opposition à la politique française, c’est le cas de Thomas Sankaré du Burkina Faso.

Autres temps autres mœurs, les peuples francophones d’Afrique, après un certain éveil de conscience semblent prendre leurs destins en main en décidant de se libérer du joug de la France et en adoptant la politique de rupture avec l’ex puissance coloniale. En effet, bien qu’étant anti constitutionnel, les coups d’Etat sont applaudis par les peuples africains car ils sont une réponse aux attentes non comblées  de ces mêmes peuples qui sont déçus de leurs classes dirigeantes. C’est le cas du Mali. L’arrivée de la junte militaire au pouvoir au Mali a été saluée par une écrasante majorité du peuple qui en avait assez des dirigeants marionnettes à la solde de la France. Cette junte dirigée par le Colonel Assimi Goïta, dès sa prise du pouvoir a décidé de tourner le dos à la France et à virer vers la Russie.

Le choix de la Russie serait-il sans conséquences dans les relations entre le Mali et la France et de surcroit avec l’occident ?

Cette question vaut son pesant d’or surtout quand on sait que ce choix a été fait dans un contexte marqué par une crise mondiale consécutive à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, d’une part et d’autre part par un rejet total de la politique française, voire occidentale par les nouvelles autorités du Mali. Il est à noter que les premiers bailleurs de fonds du pays d’Assimi Goïta demeurent l’occident. En effet, toutes les tentatives de dissuasion et de persuasion de la France sont restées vaines au Mali, car les autorités ont non seulement choisi la Russie et ont même commencé à jeter les bases d’une coopération, d’abord dans le domaine militaire, ensuite dans le domaine économique. En attendant d’avoir les retombées claires dans le domaine économique, aujourd’hui force est de reconnaitre qu’il y a une certaine lisibilité dans le domaine sécuritaire. En tout cas en se référant aux communiqués officiels des autorités maliennes et surtout aux bilans fournis par elles par rapport aux différentes opérations militaires menées sur le terrain, nous pouvons affirmer sans risque de se tromper que l’armée malienne est en train de monter en puissance. Pour ce qui concerne les autres domaines de coopération, surtout économique, les retombées tardent à venir même si les délégations maliennes se succèdent à Moscou, et que des déclarations de bonnes intentions sont faites de part et d’autre, mais les premières retombées véritables sont attendues avec impatience.

Comme conséquences du choix de la Russie au détriment de la France, il est à parier que la cinquième puissance économique du monde, grâce aux ressources africaines qui est la France, va sans nul doute sentir le coût et verra son économie ébranlée. L’on est même en droit de se poser la question de savoir si ce n’est le début de la fin de l’hégémonie française voire occidentale en Afrique.

La Russie peut-elle réellement être la bonne alternative après la rupture avec  la France, voire l’occident ?

Seules les autorités maliennes pourraient répondre à cette question, mais en tant qu’analyste nous sommes partagés entre l’inquiétude, la prudence et une lueur d’espoir. En effet, l’option de la Russie pourrait être judicieuse si ce pays pouvait combler l’abyssal trou qui sera laissé béant avec le départ de la France et ses alliés occidentaux, d’une part et d’autre part si l’économie Russe se portait mieux, surtout avec la Guerre Russo-Ukrainienne. 11ième puissance économique au monde, embourbée dans une guerre d’usure et économiquement dévastatrice, le pari de la Russie pourrait être risqué pour le Mali. C’est pourquoi il était sage pour les autorités maliennes de ne pas rompre totalement avec les anciens partenaires surtout sur le plan économique. Il est connu et reconnu par tous les experts que la Russie est une puissance militaire, deuxième au monde après les Etats Unis, elle dispose également une quantité énorme de pétrole, de gaz, de blé et d’autres richesses, mais son influence économique au monde en général et en Afrique en particulier est très faible. Certainement que le Mali va être sa véritable porte d’entrée en Afrique, donc la balle est dans le camp de Vladimir Poutine, le Président de la Fédération de Russie.

Le Mali ne serait-il pas un cas d’école pour l’Afrique et Poutine va-t-il se donner à fond pour une véritable coopération entre le Mali et  la Russie ?

D’une coopération militaire avec en ligne de mire la lutte contre les terroristes, la collaboration du Mali avec la Russie est en train de prendre une autre tournure, celle qui concernerait tous les domaines. Pour les autorités maliennes cette coopération ne sera ni condescendante, ni méprisante encore moins paternaliste, mais basée sur un partenariat gagnant- gagnant, ce qui ne semble pas être le cas avec la France et ses alliés occidentaux. Rien qu’en se référant aux différents communiqués qui sanctionnent les rencontres entre délégations maliennes et Russes l’on sent la volonté politique d’approfondir, voire d’élargir la coopération entre la Russie et la Mali dans tous les domaines. Le Mali semble être la porte d’entrée pour un retour de la Russie en Afrique. A la question de savoir est ce que le Mali ne serait-il pas un cas d’école pour l’Afrique et Poutine va-t-il se donner à fond pour une véritable coopération entre le Mali et la Russie ? La réponse est positive au regard des actions menées de part et d’autre. Tout porte à croire que cette coopération fera des émules en Afrique, car beaucoup de pays commencent déjà à donner raison aux autorités maliennes. En plus de cela les autorités Russes semblent être conscientes de tous les enjeux et de tous les défis auxquels les pays africains sont confrontés après plus de 60 ans d’indépendance. Pour que le cas du Mali fasse tache d’huile en Afrique, il revient à Vladimir Poutine de poser les actes de rupture d’avec les méthodes occidentales et de tisser un partenariat gagnant-gagnant. En tout cas le peuple malien attend avec impatience les retombées de la nouvelle coopération Russo-malienne, surtout sur le plan économique.

Youssouf Sissoko

Source : L’Alternance

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