DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DU COUP D’ETAT: DES ACTEURS DRESSENT UN BILA MITIGÉ

Le jeudi 18 août 2022 marquait les deux ans de la chute d’IBK, mais aussi les 24 mois de Transition en deux séquences dans notre pays. Si à l’occasion de ce deuxième anniversaire des acteurs politiques sollicités par nos soins n’ont pas souhaité se prononcer sur ce bilan pour des raisons qui leur sont propres, certains acteurs, à l’image du Pr Alhousseini BRETAUDEAU, en esprit libre, ce sont exprimés, sans complexe. Si l’unanimité est faite autour de la montée en puissance de l’armée, par contre nos interlocuteurs se montrent très critiques à l’égard de la transition, dans leur majorité, sur la question des réformes politiques et électorales, la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance.

Hamidou DOUMBIA, Secrétaire politique et porte-parole du parti Yèlèma : « Il est important pour le gouvernement de rassembler les Maliens»
Deux ans après le putsch, si on doit véritablement faire un bilan, il est important qu’on analyse de près les raisons qui ont amené une partie du Peuple malien à sortir et à revendiquer le départ du Président qui aboutit au coup d’État des militaires. L’une des raisons principales était quand même l’insécurité dans le pays, une absence chronique de l’État sur une grande partie du territoire.
La crise au niveau de l’école avec des enseignants qui étaient en grève illimitée et de nombreuses écoles fermées.
À cela, il faut ajouter les contestations issues des élections législatives.
Deux ans après, force est de reconnaître que nous avons encore du pain sur la planche.
D’abord si nous prenons sur le plan de la sécurité, c’est vrai que nos forces de sécurité et de défense gagnent plus de batailles avec l’achat des nouveaux équipements.
Mais ces achats et ces victoires militaires ne doivent pas être la finalité, mais la sécurisation continue des personnes et de leurs biens avec une présence constante de l’État. Et sur cet aspect, nous constatons que l’État est encore absent sur une grande partie du territoire.
Donc le retour de l’État sur des services sociaux de base tarde jusqu’à présent. Ça, c’est des aspects sur lesquels nous devons progresser.
Niveau de l’école, certes l’année s’est bien déroulée, ce qui est un élément important. Les enseignants ont mis fin à leur grève, et il eut un calme précaire dû à l’embargo de la CEDEAO. Mais à la reprise des cours, rien n’est garanti.
Il est aussi à noter que des milliers d’écoles restent toujours fermées privant du coup une génération entière d’un de ses droits fondamentaux. Donc sur cet aspect aussi, il y a des progrès à faire. Nous devons faire en sorte de rouvrir ces écoles qui sont toujours fermées.
Sur le plan des réformes, je pense que nous avons accusé énormément de retard, même si ces derniers temps, nous commençons à revoir les chantiers de réformes.
À l’exception de la loi électorale, aucune des réformes majeures n’a pu être finalisée jusqu’à présent.
Sur le plan de la diplomatie, il faut reconnaître que les autorités tentent aujourd’hui de s’affirmer sur le plan international en mettant en avant la souveraineté de notre pays. C’est une option diplomatique audacieuse, mais dont les résultats sont attendus en termes du bien-être des Maliens.
Ce qui doit être fait aujourd’hui, je pense que c’est d’instaurer une culture de résultat. Il faut institutionnaliser les contrats de performance pour les membres du gouvernement en leurs assignant des objectifs clairs et précis et de les évaluer chaque fin de mois.
Nous avons un chronogramme qui a été adopté. Nous devons scrupuleusement suivre ce chronogramme et en faire une communication hebdomadaire pour voir ce qui avance et ce qui tarde. Ça nous permettra d’avancer sur les réformes et de voir que les chantiers qui avancent véritablement sur le terrain.
Sur le plan sécuritaire, ce qui est en train d’être fait est déjà bon, avec l’équipement de l’armée, mais nous devons aujourd’hui faire en sorte d’accompagner la dynamique positive de nos FAMAS sur le théâtre des opérations par un maillage constant sur le terrain afin de sécuriser nos populations. Car il ne s’agit pas de dégager les terroristes le temps d’une opération militaire et les voir revenir faire des carnages sur nos populations. Le gouvernement doit adopter un véritable plan de réouverture de ces milliers d’écoles fermées depuis plusieurs années.
Sur le plan du front social, il faut engager des discussions avec les syndicats. Beaucoup de syndicats sont allés en trêve à cause des sanctions de la CEDEAO, il fallait profiter de cette trêve pour conclure des accords avec eux. Je pense qu’il n’est pas tard, il faut que le gouvernement diligente les discussions avec tous ces syndicats pour que cette phase de la transition soit plus apaisée.
Il est aussi important pour le gouvernement de rassembler les Maliens, de travailler à ce que les Maliens se mettent ensemble en prêchant la bonne parole, celle qui rassemble et non celle qui divise. Ça, c’est un élément fondamental, parce que les chantiers que nous allons engager doivent être conduits en étroite collaboration avec tous les Maliens.
C’est avec cet état d’esprit développé que le gouvernement doit travailler. Il s’agit d’inclure le maximum de Maliens, ce n’est pas dire de faire le partage de gâteau, mais les inclure pour que les réformes que nous allons entamer soient les plus inclusives possible.
Le gouvernement se doit d’être neutre. Cette neutralité doit se traduire par l’équidistance entre toutes les forces politiques, toutes les couches de la société. Cela permettra d’engager avec plus de sérénité les réformes structurelles. Donc, ça c’est vraiment des états d’esprit sur lesquels le gouvernement doit faire des efforts et encore accélérer le travail.
Voilà en quelque sorte, des pistes qui peuvent être explorées pour nous permettre de sortir de cette situation.
Pour finir, nous souhaitons bon vent à la transition !

Mme Assetou SANGARE, présidente du PRD Mali Koura ni Nièta Parti : « L’instauration d’un dialogue politique et social est nécessaire »

Deux ans après le coup d’État, on peut retenir que notre pays, le Mali, qui était la risée du monde, est de plus en plus respecté de nos jours.
C’est un aspect très significatif et déterminant pour la conduite des affaires.
Plusieurs choses ont marché notamment dans le domaine de la Défense et du réarmement moral et matériel de notre armée, les FAMa. Au niveau du peuple, la dignité retrouvée et la souveraineté dans la conduite de la destinée de notre Patrie. Ceci fut et restera très bénéfique pour le relèvement de notre pays (avec le Président Assimi Goïta, c’est prouvé que nous pouvons # Yes We Can #; que vraiment nous pouvons faire les choses par nous-mêmes et de nous-mêmes. Le PR démontre par sa gestion que l’espoir est permis, en tout cas pour les nouvelles générations et ça c’est à saluer !
Ce qui n’a pas marché est du côté de la vie chère, et aussi l’instauration et le maintien d’un dialogue politique et social qui a pris énormément de temps plus que nécessaire. Économiquement, c’est vrai que l’embargo et le contexte actuel de l’économie mondiale n’aident pas, mais gérer c’est prévoir et surtout anticiper sur les difficultés…
Je félicite et salue la résilience du peuple malien ici, car sous d’autres cieux pour moins que ça des régimes n’ont pas résisté. Mais au Mali nous avons résisté et nous devons continuer sur cette lancée jusqu’à ce que l’horizon soit complètement dégagé pour un Mali émergent. Ceci dit, nous attirons fortement l’attention du Président Assimi pour qu’il accorde une attention particulière à cette question de la vie chère (notre souveraineté alimentaire) sans laquelle la Souveraineté que nous revendiquons ne sera pas complète.

À mon humble avis, pour que ça aille, le gouvernement doit sans faux fuyant élaborer et mettre en œuvre une vraie stratégie de riposte pour la consommation nationale (les statistiques sont connues, donc travaillons avec pour sortir des plans qui ne vont pas au-delà de 2 ou 3 mois) et ceci sur une longue durée, car la crise actuelle qui est mondiale ne va pas disparaître demain. On assiste actuellement à une reconfiguration du monde et de façon multipolaire, donc nos gouvernants doivent en tenir compte et ne jamais perdre cela de vue.
Le gouvernement doit aussi compléter ce premier aspect avec une vraie stratégie de relance de notre économie au-delà de son aspect macroéconomique. Et tout ceci doit être minutieusement réfléchi et coordonné, car il s’agit de notre développement en tant que pays après le pari de notre survie et existence qui est en passe d’être gagnée !

Mme Assétou Sangaré est la Présidente du Parti pour le Renouveau et le Développement (PRD, Mali Koura ni Nièta Parti) en Bambara. Créer pour le combat d’un Mali nouveau en février 2018 bien avant le deuxième mandat du Président IBK et encore moins le 18 août 2020.
Pour le Mali nous ne cesserons jamais de nous battre et à notre façon !

Pr Alhousseini BRETAUDEAU
« Beaucoup a été fait pour restaurer la sécurité »
«Je crois que nous avons fait un long trajet dans le recouvrement de notre souveraineté dans les choix optionnels et les prises de décision. Beaucoup a été fait pour restaurer la sécurité, mais il reste encore à faire en raison de l’immensité de notre pays et du caractère asymétrique des confrontations. La lutte contre la corruption doit être plus rigoureuse et engager des résultats importants et réduire les tentations de détournements de deniers publics. Enfin, c’est le dernier élément qui devrait être en première place. Il faut renforcer la résilience des populations surtout les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire. Parler juste et agir plus ».

Mme Zénab ÉVELYNE, parti AVA : «Rien n’a été en deux ans »
À mon avis, il n’y a pas grand-chose qui a été fait. Depuis deux ans aujourd’hui, il y a eu beaucoup plus de communication, de propagande, surtout les 12 mois qui viennent de s’écouler sous la gouvernance du Premier ministre, Choguel Kokalla MAIGA. Il y a eu beaucoup de propagande et peu de réalisations.
Nous avons constaté que les élections qui avaient été programmées après 18 mois de transition ont été annulées parce que rien n’avait été fait.
On a assisté à beaucoup de choses. On a fait presque six mois d’embargo économique et financier. Après l’embargo, nous subissons aujourd’hui une flambée des denrées alimentaires sur le marché. Tout est cher, le gaz, le carburant, tout.
Même les produits qui ne viennent pas de l’extérieur, que nous cultivons ont doublé de prix.
L’État malien n’a pu rien faire pour contrer cela. On raconte que c’est une crise mondiale, peu importe. En tout cas, tous les États de la sous-région ont su contenir cette flambée pour que les produits soient accessibles aux populations. Mais nos autorités n’ont pas pu le faire. Je dirai qu’à part l’acquisition de matériels de guerre de décembre 2021 à aujourd’hui, nous les félicitons par rapport à ça, et l’offensive dans laquelle nos soldats se trouvent aujourd’hui. Parce qu’avant, nous étions qu’en mode défensives. On attendait qu’on se fasse attaquer. Aujourd’hui, nous avons pris la main, et c’est nous qui allons vers les djihadistes, qui les traquons, et qui les éliminons. Cela est très salutaire. Nous encourageons notre armée.
À part cette montée en puissance de l’armée, je ne vois pas ce qui a été fait en deux ans.
Tout ce que le M5, et même les putschistes, qu’on a reprochés au régime IBK : la corruption et tout ce qui va avec, rien n’a changé. Quand nous voyons aujourd’hui l’attribution des logements sociaux, ça été un scandale dans lequel des membres du Gouvernement, et même le Premier étaient impliqués. Nous savons ce qui s’est passé au niveau de la CANAM pour le recrutement des agents. On a vu que ça été un scandale. Au niveau de la police, ça été un scandale. Donc, tout ce que nous avons reproché au régime du président Ibrahim Boubacar KEITA, il y a deux ans de cela, ces mauvaises pratiques sont toujours et se manifestent de manière beaucoup plus flagrantes.
Pour nous, rien n’a évolué, à part le côté sécuritaire, dont je viens de souligner. Nous n’avons rien vu sur le terrain, nous voyons que de la propagande, des mensonges, dite par des gens qui se disent soutien au pouvoir. Mais qui, en fait, sont prêts à vendre leur queue au diable pour mentir, calomnier et diffamer.
Pour changer la donne, il est important, à mon avis, de mettre la classe politique hors de cette transition. C’est-à-dire que le Chef du Gouvernement est un homme qui ne porte pas de coloration politique pour qu’il n’y ait pas d’adversité.
Deuxièmement, s’atteler à l’organisation d’élections crédibles et transparentes ; réunir l’ensemble des Maliens autour de la transition. Impliquer toutes les forces vives de la nation dans la gestion de cette transition afin que nous puissions sortir de ce processus qui a assez duré.
Nous demandons une vraie écoute des gens par les autorités de la transition. Il faut un dialogue franc entre les forces vives et les autorités de la transition. C’est cela qui peut amener un apaisement du climat sociopolitique et qui pourrait faire que les prochaines élections se déroulent dans un climat apaisé avec un très bon résultat.

Rassemblés par Abdoulaye OUATTARA

Source : Info-Matin

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