Départ du Mali du G5 Sahel : « On peut se demander si ce n’est pas un prétexte pour consolider la coopération avec la Russie »

L’annonce de Bamako revient « de facto » à acter la fin de la force régionale anti-djihadiste, analyse Ornella Moderan, chercheuse à l’Institut d’études de sécurité.

Le Mali a annoncé, dimanche 15 mai, se retirer du G5 Sahel et de sa force militaire anti-djihadiste, formée avec la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger. Huit ans après sa création, l’avenir de cette organisation régionale, lancée pour tenter d’endiguer la menace terroriste qui ne cesse de gagner du terrain au Sahel, semble plus que jamais en suspens.

Ornella Moderan, directrice du programme Sahel de l’Institut d’études de sécurité (ISS), basé à Bamako, décrypte les raisons de ce retrait et ses conséquences pour la sous-région.

Comment analysez-vous cette décision du Mali de se retirer du G5 Sahel et de sa force conjointe ?

Ornella Moderan La présidence tournante de l’institution, actuellement exercée par le Tchad, devait en principe être transférée au Mali en février, mais certains pays membres s’y sont opposés, en raison des deux coups d’Etat qui ont eu lieu à Bamako, en août 2020 et en mai 2021, et de la transition qui s’y prolonge. Après la série de sanctions adoptées en janvier par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à leur encontre, les autorités maliennes voient ce refus comme une énième mise au ban et annoncent ce retrait, en signe de protestation.

Cette décision du Mali, qui a déjà rompu ses liens avec la force française « Barkhane » et la task force européenne « Takuba », pourrait l’isoler encore un peu plus sur la scène régionale. Mais on peut se demander si le blocage de la présidence tournante n’était pas surtout un prétexte pour quitter le G5 Sahel et consolider davantage la coopération avec d’autres partenaires, comme la Russie. Il faut replacer cette décision dans un contexte de profonde reconfiguration des alliances dans la région ces derniers mois. Si c’est de se libérer des anciennes alliances qu’il s’agit, alors on peut se demander quelle sera la prochaine structure dans le viseur des autorités maliennes. Après « Barkhane », « Tabuka » et maintenant le G5 Sahel, mettront-elles un terme à la Minusma ?

Le porte-parole du gouvernement malien Abdoulaye Maïga dénonce une « instrumentalisation » du G5 Sahel et voit, derrière le blocage de la présidence malienne, les « manœuvres d’un Etat extra-régional visant désespérément à isoler le Mali », que faut-il lire entre ces lignes ?

Source : Le Monde

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