Corrap : cadrage de l’engagement scientifique et de l’intervention pratique, patriotique et démocratique

« Le complexe de l’Africain est très, très, très profond. Il préfère croire le mensonge de la bouche d’un Blanc que la vérité de la bouche d’un Noir… (Dans sa tête) « …les vérités sont blanches ! »

Le mal que l’occupant (colonial) nous a fait n’est pas encore guéri. L’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre substance, de notre âme. Et quand on croît s’en être débarrassé, on ne l’a pas encore fait complètement. C’est le réflexe de subordination de l’esclave » (qui, même libéré, reste toujours, par sa propre volonté, rivé à son maître, ne pense que par lui).
Si réellement, l’égalité intellectuelle est tangible, l’Afrique devrait, sur des thèmes controversés, accéder à la vérité par sa propre investigation intellectuelle.
Vous (Blancs, Occidentaux) pouvez opposer une conspiration du silence aussi longtemps que les jeunes Africains resteront aliénés, jusqu’à ce qu’ils acquièrent la connaissance directe (de leur histoire et de leurs réalités présentes), jusqu’à ce que la jeunesse africaine dépasse ce stade de flottement et de somnambulisme ». Cheick Anta Diop

« N’an lara, an sara ! » Si nous nous couchons, nous sommes morts ! ” Joseph Ki-Zerbo

Une revue, même rapide, des discours, interviews, articles, études, réflexions et propositions de solutions concernant la crise existentielle dans laquelle est plongée la Nation Malienne depuis 2012 conduit inévitablement à un constat flagrant et incontestable : l’essentiel des investigations, analyses, conclusions et recommandations d’orientation et d’actions, bref, les points de vue et les voix dominants (dans les écrits, les forums et autres rencontres, les médias audio-visuels) sont le fait d’institutions ou groupes de recherches, « spécialistes », experts-consultants, grand reporters, commentateurs et éditorialistes européens et occidentaux ou d’Africains « collaborateurs » voire « Indépendants », en fait, tenus par le cordon financier qui les lie à ces maîtres et l’obligation non écrite d’employer leurs œillères pour lire et interpréter notre situation dans le sens de leurs interventions intéressées et orientées.
La vraie pensée et la vraie parole malienne, sahélienne et africaine est absente sinon inaudible ! Nous autres, Maliens, Sahéliens et Africains, sommes réduits à des reproductions dans nos organes de presse dont certains sont compétents et honnêtes certes, mais manquent cruellement de moyens ; à de dérisoires commentaires critiques ou des réflexions pertinentes et éclairantes, cependant isolés et vite noyés par le flot du discours dominant des occidentaux et de leurs relais, nos dirigeants et nos cadres intellectuels larbins et perroquets parfois talentueux.
La conséquence est terrible pour le Mali, le Sahel et leurs peuples : premiers concernés, nous, Maliens, Sahéliens et Africains, sommes devenus complètement étrangers chez nous-mêmes parce que nous n’avons pas accès à des pans entiers de notre territoire national et à la tragédie réellement vécue par nos concitoyens ; aliénés, abrutis et accablés, au mieux, nous nous confinons dans des jérémiades vaines ou dans le dégoût, à force d’être abreuvés par toutes sortes de mensonges, d’inepties, de manipulations d’opinion et autres genres de mystification.
A lire certains écrits ou à écouter certains reportages ou discours sur le Mali par des « spécialistes » qui ont parcouru les zones de conflits à une vitesse supersonique, sous la protection et l’accompagnement bienveillant de la MINUSMA et de Barkhane, ou de célèbres « experts », autoproclamés et intronisés sur les chaines de télévision européennes et occidentales qui ne maîtrisent même pas les noms des localités dont ils parlent et les confondent allègrement, on se croirait dans un pays imaginaire !
C’est clair et net : nous ne comprenons plus rien à ce qui se passe à nos portes et autour de nous ; coupés de notre passé, notre mémoire collective étant brouillée et éclatée, inopérante ; nous avons perdu notre conscience historique, le sens de la patrie, le sentiment national ; en pratique, nous ne décidons ni même ne concevons plus rien chez nous.
Pourquoi ? Parce que nous avons laissé d’autres penser, disposer et agir à notre place, en nous faisant faire ce qui va dans les sens de leurs intérêts, autrement dit, nous mener en bateau.
Cependant, aujourd’hui, la faillite de cette imposture intellectuelle et morale est patente. L’abîme évident entre les allégations mensongères, les vues superficielles, les élucubrations faussement savantes et le développement des faits, l’évolution de la situation sur le terrain, les contradictions insoutenables entre les discours bienveillants, condescendants, paternalistes d’une part et les actes contraires et hostiles posés d’autre part, tout cela a eu raison de la crédibilité de nos « maîtres-penseurs » et « protecteurs » intrus et arrogants. Ils ne se maintiennent plus que par la censure, l’exclusion et la conspiration du silence autour de nos paroles et de nos vérités à nous, pourtant émanant du pays profond, de la vie réelle, de la chair et du sang des nôtres, étayées par des faits vérifiables.
« L’heure de nous-mêmes » a donc sonné. Nous pouvons et devons maintenant sortir de notre torpeur et de notre indigence intellectuelles, de notre renoncement et de notre irresponsabilité pour élaborer et produire nous-mêmes, et en utilisant tous les outils, techniques et méthodes scientifiques adéquats de toutes origines, la compréhension scientifique de notre situation, élaborer et valider nous-mêmes les solutions à nos problèmes et les voies et moyens de leur mise en œuvre. Le moment est opportun pour traduire dans la réalité notre besoin incontournable de changement de paradigme, nécessité identifiée et soulignée depuis des années par le Professeur Issa NDIAYE.
Pour ce faire, nous devons nous mobiliser et nous rassembler afin d’élaborer dans tous les domaines des stratégies et programmes de développement adéquatement à nos réalités spécifiques, aux intérêts de notre pays et de nos populations.
Notre credo et notre mission scientifiques consistent à réaliser la recommandation cardinale faite à l’intelligentsia africaine par le Professeur Cheick Anta Diop, à savoir : acquérir la connaissance directe de notre situation actuelle et de notre histoire commune, riche en péripéties variées, par nos propres investigations intellectuelles – tâche déterminante à laquelle il a entièrement consacrée toute son activité de chercheur.
Notre approche est une investigation au cœur des conditions de vies, souffrances, aspirations et luttes de nos populations, orientée vers leur émancipation et leur autonomie. Elle est participative et inclusive. Nous ne nous posons pas en idéologues doctrinaires qui leur assènent la Vérité et leur imposent la voie à suivre. Au contraire, nous leur fournissons des outils, méthodes scientifiques et compléments de connaissances pour faciliter leur nécessaire compréhension globale des raisons et mécanismes de domination et d’exploitation dont elles victimes. Nous nous mobilisons avec elles pour le changement radical.
Pour convaincre et populariser nos idées, nous suscitons des débats dans le respect et la considération de nos interlocuteurs.
Notre cri de combat est celui légué par notre Père Joseph KHI-ZERBO, un modèle de cadre intellectuel authentique et patriote africain : « N’an lara, an sara ! » Si nous nous couchons, nous sommes morts ! “.

Nouhoum Keita
Le Corrap

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