BROUILLES MALI-RCI : BAMAKO PROPOSE UN ÉCHANGE DE “PRISONNIERS”, ABIDJAN S’Y REFUSE…

Les présidents Faure Eyadema du Togo et Muhammadu Buhari du Nigeria, en particulier, et les chefs d’Etat de la Cédéao, en général, auront fort à faire pour dissiper les malentendus entre Bamako et Abidjan, qui se regardent en chiens de faïence depuis le 10 juillet 2022. La tension reste vive à propos des 49 militaires (46 maintenant) ivoiriens détenus à Bamako et les demandes paraissent inacceptables de part et d’autre.

Les observateurs ont vite fait de voir l’amorce d’un règlement pacifique de l’affaire des 49 militaires ivoiriens, arrêtés le 10 juillet 2022 à l’Aéroport international-Président Modibo Kéita Bamako-Sénou, sous le prisme de l’élargissement, le 3 septembre 2022, des trois femmes du groupe pour des raisons humanitaires sous la médiation du Togo, mais les derniers développements dans ce dossier inclinent à penser qu’on est loin du compte : Bamako propose un échange des militaires ivoiriens arrêtés contre l’extradition de politiciens maliens exilés Abidjan sous le coup de mandats d’arrêt international émis à leur encontre par la justice malienne.

Abidjan, par la voix la plus autorisée, y oppose, pour l’heure, une fin de non-recevoir. Aussi, dans l’entourage du président Alassane Dramane Ouattara, les qualificatifs vigoureux contre cette demande fusent de toutes parts. On parle pêle-mêle de “chantage”, de “prise d’otages” et d’autres noms d’oiseaux.

Le chef de l’Etat ivoirien a demandé à qui de droit la convocation d’une réunion d’urgence de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) consacrée à ce qu’il convient d’appeler la crise diplomatique entre le Mali et la Côte d’Ivoire, deux pays unis par l’histoire, la culture et la géographie et qui ont toujours vécu jusqu’ici presque sans anicroche.

Mais, aujourd’hui, pour le moment, les positions semblent figées. Le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, qui a évoqué publiquement la question des militaires ivoiriens détenus au Mali pour la première fois la semaine dernière à l’issue d’une audience accordée au ministre nigérian des Affaires étrangères, émissaire du président Muhammadu Buhari, a regretté l’attitude des autorités ivoiriennes qui, tout en implorant le pardon de Bamako pour leurs militaires arrêtés, continuent de servir gîte et couvert à d’ex-dignitaires maliens exilés sur leur territoire et qui “déstabilisent” le Mali à partir de la capitale économique ivoirienne alors même qu’ils sont poursuivis par la justice de leur pays.

Chacun a son tour chez le coiffeur

Incapable de se départir de sa fâcheuse tendance à toujours faire des injonctions à ses vis-à-vis, le président ADO a encore une fois exigé la libération immédiate de ses soldats et réservé sa réponse à la fin de la réunion d’urgence de la Cédéao sollicitée par son pays. Toutefois, selon nos informations, il a invité, mercredi dernier, à l’issue d’une session de son Conseil national de sécurité, tous les opposants politiques étrangers vivant sur le sol ivoirien à l’obligation de réserve pour préserver les liens séculiers entre son pays et ses voisins.

On le voit donc, la crise entre le Mali et la Côte d’Ivoire n’a pas fini encore toutes ses péripéties. Jusqu’où va-t-elle s’arrêter ? La balle est dans le camp des principaux protagonistes qui devraient néanmoins mettre en avant l’intérêt supérieur de leurs pays respectifs. Ils devraient rapidement trouver une solution juste pour préserver le climat de coexistence pacifique qui a toujours caractérisé les relations entre les deux pays.

Notons que le 10 juillet 2022, 49 soldats ivoiriens ont été arrêtés à l’aéroport de Bamako. Le contingent était en mission sur le territoire malien dans le cadre de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du pays. Mais les envoyés n’avaient ni ordre de mission ni autorisation et lourdement armés. Bamako les considérait dans un premier temps comme des “mercenaires” qui ont débarqué dans notre pays avec le “dessein funeste” de déstabiliser la Transition dans la mesure où les Nations unies ont déclaré ne pas les reconnaître comme éléments de la Minusma, créée en 2013 et composée de 13 000 militaires.

Mi-août, les 49 soldats ivoiriens ont été inculpés pour des faits de “crimes d’association de malfaiteurs, d’attentat et complot contre le gouvernement, d’atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, de détention, port et transport d’armes de guerre et complicité de ces crimes”.

Bamako soupçonne Abidjan d’être à la solde de Paris pour déstabiliser la Transition. Le président Ouattara n’a jamais fait dans la dentelle à l’égard des autorités militaires particulièrement depuis le coup d’Etat de mai 2021 connu sous le nom de rectification de la Transition. Il a appuyé les fortes sanctions de la Cédéao et de l’Uémoa contre le Mali qui ont été maintenues malgré une décision de la Haute cour de justice de la Communauté qui les a qualifiées d’illégales et d’inhumaines.

Faut-il craindre un retour de la manivelle par Bamako ? Wait and see !

El hadj A. B. HAIDARA

Source: Aujourd’hui-Mali

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