« AVANT-GARDISTE, MAITRE DE LA MUSIQUE » : AU MALI, L’HOMMAGE DES ARTISTES À SORY BAMBA

Sory Bamba, figure de la musique malienne, membre fondateur du célèbre Kanaga de Mopti, a tiré sa révérence ce 23 juillet 2022, à l’âge de 84 ans. Ses obsèques ont eu lieu chez lui à Mopti, le lundi 25 juillet 2022. Beaucoup d’acteurs culturels (artistes chanteurs, musiciens, journalistes culturel) ont salué la mémoire d’un grand artiste.

LAMINE SOUMANO, ARTISTE MUSICIEN ET ENSEIGNANT

« Sory Bamba est, pour moi, un maitre de la musique. Plus jeune, je l’écoutais beaucoup, lui et les orchestres avec lesquels il jouait et je m’en inspirais énormément. Je n’ai pas eu la chance de travailler avec lui, mais il fait partie des plus grands de la musique pour moi. Je me souviens encore qu’avec des amis, nous partions à leur concert et étions émerveillés de les voir jouer. C’est très difficile d’appartenir à notre génération et de ne pas l’avoir eu pour référence.

Lorsque j’ai commencé la musique, en 1973, il était déjà incontournable. Tout le monde avait les yeux sur lui et les autres maestros de sa génération. Lorsqu’on apprenait que le Kanaga de Mopti devait jouer, on faisait tout pour y être, car chaque occasion était une leçon de plus. C’est grâce à eux que nous nous sommes lancés dans la musique. »

DJELIMADY SISSOKO, MUSICIEN

« Je n’ai pas travaillé avec Sory Bamba, mais j’ai collaboré avec ses fils Issa Bamba et son frère. C’est un homme qu’on n’oubliera pas, car il a beaucoup apporté à la musique malienne. Il m’a beaucoup influencé. Et pas seulement moi, mais aussi énormément de musiciens maliens comme Ali Farka Touré, qu’il a d’ailleurs fait connaitre. Le Kanaga de Mopti, dont il faisait partie, est un groupe mythique avec des chansons indémodables.

Je trouve juste que c’est dommage qu’il n’ait pas reçu de décoration de son vivant. Avec tout ce qu’il a apporté à la musique malienne, c’est inconcevable. Quand je l’ai su, j’ai été très bouleversé. Franchement, c’est grave de ne pas honorer des gens comme Sory Bamba. »

MORY TOURÉ, JOURNALISTE CULTUREL

« Sory Bamba fait partie de ceux qui ont donné l’opportunité à plusieurs groupes de participer à des scènes internationales. Il est au Kanaga de Mopti ce que le maitre d’orchestre et saxophoniste, Tidiani Koné, est au Rail Band de Bamako. Au-delà d’être un maitre, un multi-instrumentiste, il a guidé le pas de nombreux artistes comme Koko Dembele et le grand Ali Farka Touré dont il est le principal révélateur.

Si nous avons aujourd’hui une musique peule et une musique dogon, qui ont muté pour donner un air plus moderne et qui s’exporte, c’est grâce à Sory Bamba. C’est un artiste avant-gardiste, qui avait compris que notre musique ne devait pas rester dans son carcan traditionnel. C’est pourquoi, il fait partie de ceux qui ont produit les premiers succès qui ont pu s’exporter à l’échelle internationale, même si sa modestie a fait qu’il n’a pas eu une certaine exposition. Sory Bamba n’était pas une star. Il avait ce côté antistar. On le dit généralement, ce sont ceux qui ne parlent pas beaucoup qui font de grandes œuvres et le Mali vient de perdre un grand monsieur. »

TOUMANI DIABATÉ, MUSICIEN

« Je ne passerai pas par quatre chemins : monsieur Bamba est une légende tout simplement. Il fut un père pour moi, un soldat de la musique malienne, de la musique africaine, de la musique mondiale. Si le Mali, en termes de musique, a pu avoir une place assez importante au plan international, c’est grâce à lui et à d’autres de sa génération qui ont posé les bases. Sa musique est arrivée dans des endroits où nos présidents n’ont pu mettre les pieds. C’est un homme respectable et respecté, un travailleur acharné dont je salue la

KOKO DEMBÉLÉ, MUSICIEN

« Sory Bamba est le maitre le plus cher pour moi. C’était un homme d’une bonté incroyable. Il m’a adopté, m’a enseigné et je peux vous rassurer que j’ai énormément appris avec lui. Tout ce que je suis, je le dois à Dieu et à Sory Bamba. Pendant longtemps, j’ai été son guitariste. A son école, on apprend beaucoup.

C’était un musicien qui faisait de la musique de recherche. Le coté star du domaine ne l’intéressait pas vraiment. Sinon il avait tout ce qu’il fallait pour devenir une vedette. Lui-même a toujours dit qu’il est conscient du fait que la musique de recherche ne pouvait pas nourrir son homme. Mais c’était un choix. L’objectif était de se sacrifier pour une génération future. On voit le résultat aujourd’hui avec le niveau que la musique malienne a atteint. »

Source : Benbere

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