[Tribune] Mali : éviter à tout prix un isolement diplomatique

La situation sociopolitique s’enlise au Mali, et laisse craindre une crise institutionnelle inédite. C’est un risque d’isolement diplomatique à éviter, écrit notre blogueur. 

Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) maintient son mot d’ordre de démission du président malien, Ibrahim Boubacar Kéita, dit « IBK ». Le mouvement a appelé à la poursuite de la « désobéissance civile ». À Bamako, le mouvement prévoit une sortie en commune I du district de Bamako, ce vendredi 17 juillet, pour occuper les services déconcentrés de l’État.

Depuis son premier rassemblement le 5 juin 2020, ce mouvement hétérogène incarne l’opposition au pouvoir en place. Les nombreuses tentatives échouent à mettre fin au dialogue de sourds entre les protagonistes de la crise sociopolitique qui agite le pays.

Mise sous tutelle

Pourtant, l’impasse pourrait porter préjudice au Mali, notamment sur le plan international où il a plus que jamais besoin de reprendre sa place et faire entendre sa voix pour échapper à sa mise sous tutelle de façon formelle. Beaucoup d’observateurs avertis estiment que le Mali est de fait « sous tutelle » de la communauté internationale. Une situation humiliante qui tranche d’avec l’orgueil des responsables politiques locaux, continuant à endoctriner les foules aux mythes de la grandeur et de la fierté révolus.

Les parties doivent comprendre que les enjeux dépassent de loin la dualité politique classique. Ils requièrent de surcroît un sursaut collectif pour faire face, au-delà de la gouvernance « erratique », aux problèmes existentiels auxquels le pays est en proie depuis plusieurs décennies. C’est cela le véritable challenge du moment. Les postures doivent évoluer, en particulier dans les rangs de l’opposition, qui a commis une « erreur de communication politique » en exigeant la démission pure et simple du chef de l’Etat, pour reprendre Mohamed Amara.

Le « tout consensuel » inopérant 

Toutefois, cette situation pourrait être une opportunité pour envisager un minimum de consensus autour de la gouvernance, en plaçant les citoyens maliens au cœur des préoccupations. Il est évident que le « tout consensuel », expérimenté par le précédent régime, est inopérant. C’est d’ailleurs même un suicide planifié de la jeune démocratie malienne dont il urge déprogrammer les actes.  Encore une fois, ni la démission d’IBK, ni son maintien au pouvoir ne régleront les problèmes, nous conseille lucidement l’auteur de Marchands d’angoisse.

Que reste-t-il donc à faire ? Mettre ensemble les intelligences pour s’en sortir collectivement plus fort. Cela épargnera au Mali, à court terme, une probable suspension du Conseil de sécurité de l’Union africaine, des sanctions de la CEDEAO et celles d’autres organisations. C’est un isolement diplomatique qu’il faut à tout prix prévenir.

Source : Benbere

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