Reforme de l’armée : Rétablir la fierté du soldat malien

L’armée malienne est en train de se reconstruire pour devenir de plus en plus professionnelle. On en parle moins au sein de la Grande muette et le chemin semble encore long, mais une chose est certaine : il y a du renouveau et tout est mis en œuvre par les politiques pour que le militaire malien soit fier de l’être.

A l’origine de ce renouveau, il faut noter d’abord la volonté politique des décideurs. La volonté politique a pour ambition de donner à l’outil de défense nationale une nouvelle image pour permettre au Mali de laver l’affront afin d’être une nation enviée, respectueuse et respectable.

Le renouveau a commencé de fin 2013 à fin 2014, période pendant laquelle l’armée malienne a bénéficié de l’appui, de l’autorisation et de l’accompagnement des autorités politiques pour mener des réflexions nécessaires en vue de diagnostiquer les difficultés auxquelles la Grande muette est confrontée.

Les travaux de cette réforme, a-t-on appris, ont permis de rassembler certaines expertises nationales et internationales. Ces travaux ont aussi permis de savoir qu’il fallait un nouvel outil de défense au Mali. Cela suppose de nouveaux types de soldat, de formation et surtout de nouveaux types d’équipements.

Douze GTIA recyclés
La réforme demandée a accouché de la Loi d’orientation de programmation militaire (LOPM). Cette Loi, indique-t-on, est basée sur trois piliers dont le plus important est celui des ressources humaines. Il fallait tout faire pour créer un nouveau type de soldat et une nouvelle mentalité chez le soldat malien, d’où tout ce qu’il y a comme formation  aujourd’hui à l’endroit des FAMa, notamment à l’EUTM et aux centres d’aguerrissement.

Ces centres  d’aguerrissement accueillent même des officiers de l’armée malienne et pas n’importe lesquels. Quant à la formation EUTM, elle a permis de recycler près de 12 GTIA (Groupement tactique inter-arme).Ces hommes font aujourd’hui leurs preuves sur le terrain.

Au chapitre des recrutements et parlant toujours du renouveau dans l’armée malienne, nos sources sont formelles : Bamako ne sera plus le seul centre de recrutement.

Désormais, il y aura des recrutements même dans le Mali profond avec des critères clairement définis. Aucune chance encore pour les « fils à Papa » (voir encadré). Et n’importe qui ne sera plus recruté n’importe comment et des moyens scientifiques permettant de détecter l’âge à travers les os seront employés pour les besoins.

Parlant d’équipements, saviez-vous que chaque militaire a aujourd’hui trois tenues de couleurs  différentes, des chaussures ? Aussi, faut-il le souligner, chaque militaire sur le terrain à son arme individuelle, son gilet pare-balle et son casque, ce qui n’était pas le cas il y a seulement quelques années en arrière.

Djibril Samaké

Encadré : L’armée malienne guérit d’une grande plaie

L’armée malienne se reconstruit certes dans l’ombre, mais il y a lieu de rappeler que tout est parti d’un grand mal qui a commencé au lendemain de l’avènement de la démocratie, moment à partir duquel tout a été progressivement délaissé au sein de la Grande muette.

Dans les années 1980 à 1990, quelques avions miliaires alors en entraînement survolaient le ciel de Bamako. Quelques années après, on ne voyait plus rien, les aéronefs militaires avaient disparu. Dès lors il n’y a pas eu d’acquisition majeure de matériels.

C’est à partir de la même période que l’armée s’est très politisée. Les chefs et cadres militaires ont été coptés pour en faire des pions politiques et béquilles militantes dans les casernes. Chaque cadre devait sa promotion à cet engagement et « serment » politique. Cela a fini par semer le chaos au sein des FAMa.

C’est aussi pendant ces 25 dernières années qu’on a recruté des gens qui ne voulaient, qui n’étaient pas convaincus d’être militaires. En somme, rien que des « fils à papa » qui, dès leur intégration, étaient promus à des grades supérieurs. Par contre des « fils de rien » qui voulaient faire la guerre ont été écartés. L’ensemble de ces circonstances a abouti à la perte du Nord du pays.

Dans les casernes, on sait bien comment Bamako a perdu le contrôle de cette partie du pays. Des « fils à papa » ont détalé dès les premiers de coup de feu. Pour preuve, l’unité qui a détalé à Ménaka en 2012 était la mieux entraînée de l’époque avec à sa tête le général Didier Dackouo, actuel chef d’état-major des armées.

Les témoins et ses camarades  d’armes rapportent qu’il (Didier Dackouo) n’a pas pu retenir des larmes de désespoir ce jour-là.

Source: La sirène

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