Nord Mali : Aqmi, rebelles touaregs, même combat?

Nord du Mali

Depuis le début de la rébellion au Mali, certains observateurs estiment que les Touareg et AQMI sont alliés.

On en sait un peu plus sur l’assassinat atroce de militaires maliens désarmés à Aguelhoc, au nord-est du Mali, au lendemain de la rébellion qui y a éclaté en mi-janvier dernier. Selon la commission d’enquête mise en place et qui a rendu son rapport le 22 février dernier, il n’y a plus de doute.

Les militaires maliens trucidés ont été froidement exécutés par les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Pis, et selon la même commission d’enquête, il y a dans les rangs du MNLA, des combattants d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

Les enquêteurs en veulent pour preuve le mode opératoire, c’est-à-dire la façon dont les militaires ont été exécutés, qui est une signature de la succursale de l’internationale terroriste dans cette partie du continent africain: les mains liées dans le dos et une balle dans la tête.

Cette conclusion apporte donc de l’eau au moulin de tous ceux qui, au début de ce mouvement sécessionniste, n’ont cessé de parler d’une connexion entre le MNLA et AQMI. Pour eux, ce sont simplement des terroristes qui se sont donnés la main pour déstabiliser cette partie du Mali.

Les démentis du mouvement touareg n’ont jamais été convaincants à leurs yeux. C’est vouloir cacher le soleil avec son doigt alors que les faits sont têtus. Rebelles touareg et terroristes d’AQMI seraient trop proches, se ressemblent trop pour ne pas s’assembler.

 Pas de «barbus » chez les Touareg

N’empêche que pour le MNLA, il ne faut pas confondre serviettes et torchons. Et comme il fallait s’y attendre, les irrédentistes touaregs ont rejeté les conclusions de la commission nationale d’enquête.

Ils nient toute présence en leur sein de «barbus», autrement dit, de combattants d’AQMI. Le mouvement ne se reconnaît donc pas dans les exactions dont il est accusé et, comme pour prouver son innocence, invite la Croix rouge à venir voir les militaires maliens capturés lors des combats.

La commission nationale d’enquête ne trouve pas non plus grâce aux yeux des hommes bleus du désert pour être constituée d’officiers de l’armée et de la police malienne. Une commission pas suffisamment neutre, selon elle, pour investiguer à charge et à décharge. Il faudrait sans doute une commission internationale pour mettre les partis d’accord.

En attendant, armée loyale et rebelles s’accusent mutuellement des exactions dont personne ne conteste la réalité. Qui a bien pu violer les conventions internationales sur les prisonniers de guerre en exécutant des militaires qui se sont rendus volontairement ou ont été capturés?

Ce que l’on peut dire pour le moment, c’est que cette affaire de militaires froidement exécutés ternit l’image de la rébellion. Et les allégations de connexion avec AQMI constituent une très mauvaise publicité pour elle. D’où, sans doute, les dénégations véhémentes du mouvement.

Ce qui est tout à fait le contraire par exemple d’une secte comme Boko Haram du Nigeria qui se plaît à dire qu’il est de connivence avec AQMI. En tout état de cause, Boko Haram, AQMI et MNLA peuvent bien se donner un coup de main. L’ennemi de mon ami n’est-il pas aussi mon ennemi?

Séni Dabo (Le Pays)

 (L’Aube 408 du lundi 27 Février 2012)

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