Non-application des accords et velléités d’accaparement de la souveraineté populaire : L’Untm monte au créneau à travers un préavis de 72 heures allant du 18 au 20 novembre

les syndicats maliens

Après une analyse de la situation générale du Mali placée sous le sceau de l’objectivité, de la responsabilité et de l’engagement des travailleurs à ne jamais transiger sur les questions nationales lors de sa réunion session extraordinaire du mercredi 26 octobre dernier à la Bourse du Travail, la centrale historique, l’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm) a déposé sur la table du tout nouveau ministre en charge du dialogue social un préavis de grève de 72 heures, allant du 18 au 20 novembre 2020. 

De la lecture du préavis de grève, les raisons qui motivent ce mouvement de grève de l’Untm sont, entre autres, la non-application des Accords de 2019, l’arrêt des travaux de la Commission sur la relecture des conventions collectives, la non-application des accords signés entre le gouvernement et le Syntade à travers la mise en œuvre des conclusions de la Commission de suivi et de la relecture mise en place pour la correction des difficultés et des insuffisances de la Loi n ° 2014-015 du 27 mai 2014 sur l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (Oclei), la poursuite des activités de terrain de l’Oclei qui sont attentatoires à la présomption d’innocence des fonctionnaires sommés d’engager des experts pour l’évaluation de leurs biens, les attaques intolérables et sans fondement que se livrent certains individus n’ayant aucune notion de décence et de respect de la dignité et de l’honneur des travailleurs maliens et de leurs familles, offrant à une certaine presse de quoi se faire distinguer, même  dans la délation grassement motivée.

Aussi, la centrale rappelle la teneur de la lettre du 23 juin 2020 du Secrétaire général de l’Untm adressée au Premier ministre et les audiences au cours desquelles le Conseil national pour le salut du peuple (Cnsp), le Président de la Transition, le Premier ministre du gouvernement de la Transition ont tous eu des éclaircissements sur les mobiles de la grève du 9 au 11 janvier 2019 et sur les concessions faites par l’Untm pour l’application du principe : travail égal-salaire égal.

La centrale syndicale a saisi l’occasion pour dénoncer l’inertie politique que vit le Mali depuis mars 2020, la persistance de l’insécurité dont l’épicentre se situe au Centre du pays, une zone de production agro-pastorale et piscicole active, les manœuvres politiques à l’origine de l’écroulement de l’Etat et que s’évertuent de répéter des protagonistes bien connus de la classe politique depuis le 18 aout 2020, bloquant le processus de la Transition, en l’occurrence le Cnt, objet de toutes les convoitises. Face à cette situation, l’Untm exprime la détermination des responsables syndicaux, des dirigeants de divers regroupements socioprofessionnels et politiques, à ne plus laisser le pays aux mains de soi-disant politiciens, et à ne pas subir les textes qui seront issus des travaux du Cnt. Ainsi, elle décide d’exiger du gouvernement l’extinction de tous les accords signés de 2014 à 2020, avant la fin de décembre 2020 au terme d’un chronogramme précis, avant le 10 novembre 2020.

Le Cnt, objet de convoitise

Il s’agit notamment du règlement des droits des Compressés et des Partants Volontaires à la Retraite ; de l’octroi à tout le secteur privé du bénéfice des acquis signés entre le Conseil national du Patronat du Mali (Cnpm), le Gouvernement et l’Untm sur les augmentations au terme d’un chronogramme de paiement précis au plus tard le 10 novembre 2020 ; de la reprise immédiate des travaux de relecture des Conventions Collectives suspendue, au plus tard pour fin novembre 2020.

Pour l’égalité de chances et de traitements, pour la non-discrimination, entre les travailleurs de même statut et de même catégorie, l’Untm exige l’octroi d’indemnités et de primes de spécificités par catégories à tous les fonctionnaires de façon équitable ; la fixation d’un chronogramme d’application immédiate pour répondre à la nécessité de restauration de l’égalité, de l’équité, de la non-discrimination (harmonisation des grilles) comme prônée par les Conventions internationales et par notre arsenal juridique pour le 10 novembre 2020 au plus tard ; l’extension des nouveaux âges à la retraite à tous les travailleurs selon leur statut et leur catégorie dans le public et privé ainsi que dans les Ambassades, singulièrement dans celle aux Etats-Unis ; l’amélioration des grilles salariales à appliquer dans le secteur privé conformément aux pourcentages obtenus dans la nouvelle grille des fonctionnaires ; avec comme date d’effet janvier 2021 ; l’application des mesures pour la réduction de la cherté de vie non respectée par les marchands avant le 10 novembre 2020 ; l’apport de l’assistance promise pour le fonctionnement de la SMTD au plus tard fin novembre 2020.

S’ ajoutent  l’éradication de la violation de la liberté syndicale dans les secteurs public, parapublic, privé et de plus en plus dans les Ambassades (USA) par le prix des mesures vigoureuses de protection du droit syndical et des responsables syndicaux au plus tard le 10 novembre 2020 ; l’utilisation de passerelles entre la Fonction publique qui a des problèmes d’effectifs et les collectivités à travers des initiatives facilitant ce transfert d’ici la fin du mois de novembre 2020 ; la suspension immédiate des activités des bureaux de placement devenus des entreprises antisyndicales, jusqu’à l’adoption ou la promulgation d’un nouveau Code du travail et l’adoption pour des retraits d’autorisations de création de bureaux pour les créateurs, remarquables dans les malversations et les violations du droit syndical au dépens des travailleurs ; la relance du chemin de fer pour la nouvelle année (Janvier 2021) le dernier délai possible, après les échéances non respectées par l’Etat.

20 000 jeunes pour pallier les dysfonctionnements de la fonction publique d’Etat

En outre, l’organisation syndicale exige l’adoption d’une politique de recrutement massif des jeunes non mise en œuvre de 2019 à 2020. En effet, précise-t-elle, au total, la Fonction publique d’État devrait recevoir, pour l’année 2019, 8 600 jeunes. Ce qui n’a pas été respecté. Donc, poursuit l’Untm, il faudra en 2021 près de 20 000 jeunes pour pallier les dysfonctionnements de la Fonction publique et respecter les engagements signés d’où la prise d’engagement ferme pour l’ouverture de concours de recrutement de 20 mille diplômés dans la Fonction Publique de l’Etat, avant le 15 décembre 2020.

Par ailleurs, l’Untm rejette la relecture unilatérale du Code minier sans sa participation. Ainsi, elle dira qu’il faut le démarrage des travaux dans ce cas avant le mois de décembre 2020 pour un examen des contrats miniers.

Dans sa lettre de préavis, la centrale syndicale estime que le bilan de la privatisation des Sociétés et entreprises d’Etat (See) a été biaisé et sa reprise correcte s’impose avant la fin de l’année en cours. Avant de dénoncer le manque de mesures concrètes sur les autres sous-points. Pour ce fait, il faut, pour la stabilité sociale des propositions claires, vérifiables et participatives sur toutes ces questions avant la fin de l’année 2020.

Pour 2020, l’Untm rappelle que les accords signés entre le Gouvernement et le Syntade prouvent le caractère anti-démocratique et attentatoire aux droits et libertés de l’homme par l’Oclei.  A cet effet, une Commission d’identification et de correction des difficultés et insuffisances de la loi 2014-015 du 27 mai 2014 avait été créée et qui avait même finalisé ses travaux.  Et de déplorer que, contrairement aux accords signés le 03 novembre 2017, l’Etat permet à l’Oclei de poursuivre ses activités publiques de terrain, en violation des accords avec le Syntade. Ainsi, I’Untm exige l’adoption des textes corrigeant les difficultés et les insuffisances de ladite Loi avant le 10 novembre 2020 à travers, entre autres, l’adoption des conclusions de la Commission, l’arrêt immédiat des activités illégales de terrain de l’Oclei et la mise en place légale d’une équipe formée sur les bases des textes.

Intégration de 16 014 enseignants des écoles communautaires dans la Fonction publique des collectivités territoriales

Dans son préavis, l’Untm demande l’intégration définitive des enseignants communautaires dans la Fonction publique des collectivités parce que cette année 2020 a été définie par une crise scolaire aiguë. A ce titre, si l’école est une préoccupation des pouvoirs publics, de la classe politique, si elle est essentielle dans la construction de l’avenir du pays et dans la formation des générations futures, l’Untm exige l’intégration pour la raison nationale et sans condition de tous les Enseignants officiant dans 4 384 écoles communautaires reparties sur toute l’étendue du territoire national, pour un total d’environ 16 014 enseignants, pour le 10 novembre 2020, soit avant l’ouverture de l’année scolaire 2020-2021.

Aussi, le Syndicat réclame la régularisation de la situation administrative des enseignants (cas des numéros matricules 0100) ainsi que l’organisation des examens adaptés pour une intégration des contractuels de l’Etat avant la fin du mois de décembre 2020.

Par rapport à la situation politique et sécuritaire, l’Untm précise que 2020 aura été une année de turbulences politiques ayant mis à nu la faillite de l’Etat, de la Démocratie. Ainsi, le syndicat constate avec amertume l’absence de perspectives d’amélioration de la situation générale du pays.

Pour la centrale syndicale, le renversement non constitutionnel entériné en fait par la classe politique devait ouvrir des pages d’une République plus adapté à nos besoins, plus ouvert à prioriser la restauration de la sécurité et de l’intégrité territoriale, l’animation politique à travers des réformes sans ambiguïté. Cependant, poursuit-elle, les rencontres dites concertations nationales ont mis en lumière les velléités de conservations d’acquis illicites, d’accaparement de la souveraineté populaire par des groupes, dans l’exclusion totale du peuple, de la société civile.

Face à toutes les manœuvres subtiles ou criardes, l’Untm à l’instar d’autres regroupements patriotes affirme ne plus accepter de laisser le pays, comme par le passé, aux seules mains d’hommes et de femmes aux compétences politiques, professionnelles douteuses et qui par leurs comportements ont plongé le pays dans le chaos.

Mise en place du Conseil économique, social et culturel exigée

A en croire l’organisation syndicale, après le Président de la Transition, le Premier ministre de la Transition, le Conseil national de la transition est un champ de bataille pour la prééminence dans la conception des textes du nouveau-Mali.  “Mais s’ils doivent être élaborés sans les syndicats, sans la société civile, bref sans les couches laborieuses véritables, que nul ne s’attende à une accalmie du front politique. C’est parce que notre choix d’épurer, de rénover fait peur, que l’on a feint de ne pas comprendre la démarche pour une dynamique nationale afin de surmonter les difficultés du pays.  En tant que syndicat, l’Untm veillera à la mise en place d’un pouvoir crédible. Cela passe par le Conseil national de la transition. Malgré les menaces, cet organe de Transition doit voir le jour le plus tôt possible, où la grève ainsi initiée continue, en illimitée si besoin était. Donc, le 15 novembre au plus tard, avec ou sans les calculateurs, le CNT devra être mis en place”, peut-on lire dans le préavis de l’Untm.

Aux dires de l’organisation syndicale, à l’instar du Cnt qui est attendu, le Conseil économique, social et culturel, une institution qui se caractérise par sa proximité à cette population laborieuse tarde à être mise en place en violation de la Constitution du 25 février 1992. “Cette institution à budget quasiment négligeable en comparaison aux autres institutions et à ses confrères des autres pays doit être installé courant novembre plus tard, conformément à la loi fondamentale, aux textes en vigueur et à son statut et règlement intérieur”, a averti l’Untm.

En conclusion, si les exigences ainsi formulées sont restées lettres mortes, le Bureau exécutif de l’Untm engage tous les démembrements à observer une grève de 72 heures allant du mercredi 18 novembre au vendredi 20 novembre 2020 sur toute l’étendue du territoire.

                          Boubacar PAÏTAO 

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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