Mme N’diaye Ramatoulaye Diallo (ministre de la culture) au colloque sur la « crise de la citoyenneté » à la Pyramide du souvenir : « Il n’y a plus de doute que le Mali connaît des heures sombres quant à la pratique de la citoyenneté et la négation de nos

Ramatoulaye Diallo Le ministre malien de la culture au Salon international de la créativité

La semaine d’insurrection populaire mâtée dans le sang dénommée « Semaine des martyrs de mars 1991 » ayant abouti à la chute du pouvoir du Général Moussa Traoré (GMT) le mardi 26 mars 1991 a été commémorée (pour la 26e fois) le lundi 26 mars 2018. Dans le cadre de cette commémoration, le ministère de la Culture a organisé un colloque à la Pyramide du souvenir sur le thème « Crise de la citoyenneté au Mali ». La cérémonie d’ouverture de ce colloque était présidée par la ministre de la Culture, Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo, qui avait à ses côtés le ministre de l’Economie numérique et de la Communication, Arouna Modibo Touré et celui du Développement industriel, Mohamed Aly Ag Ibrahim, et l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Pour la circonstance, les militants de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) étaient très nombreux à l’événement.

Au cours du colloque, le thème « Crise de la citoyenneté au Mali » a été développé en 3 sessions par des sommités. La 1ère session sur la « Citoyenneté dans le temps » a été fractionnée en 2 sous thèmes, « La citoyenneté d’hier à aujourd’hui » et « La culture comme fondement de la citoyenneté », exposés respectivement par Pr. Jean Bosco Konaré (historien) et Dr. Salia Malé (sociologue, directeur général adjoint du Musée national). La 2e session sur « Citoyenneté et développement socioéconomique »ayant pour sous thèmes « Citoyenneté, une responsabilité démocratique » et« Citoyenneté et développement durable » a été traitée par l’ancien Premier ministre Moussa Mara et le Pr. Famagan Oulé Konaté. Les deux sous thèmes « Y a-t-il un âge pour la citoyenneté » et « La citoyenneté à l’ère du numérique et de la mondialisation » de la 3e session relative à « La modernité est-elle un obstacle ou un vecteur de la citoyenneté ?» ont été présentés respectivement par Ismaël Samba Traoré (écrivain-éditeur) et Tidiane Togola (Géo Tuwindi). Tous ces exposés ont été suivis de débats. A la suite de ces échanges, Pr. Mamadou Bani Diallo a mené une réflexion sur l’élaboration d’une Charte des valeurs et de la citoyenneté au Mali. A l’issue du colloque, une synthèse des travaux et des recommandations ont été formulées.

Le colloque pour réévaluer la crise de la citoyenneté et proposer une Charte pour la renaissance citoyenne

Auparavant, à la cérémonie d’ouverture, la ministre de la Culture, Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo, après avoir fait observer une minute de recueillement, en souvenir de toutes les femmes et de tous les hommes qui ont payé de leurs vies les libertés démocratiques, a déclaré que la commémoration de la Semaine des martyrs de mars 91 doit amener à demander quelle gestion a été faite du fruit des sacrifices ultimes des martyrs 27 ans après ? « C’est tout le propos de ce colloque : réévaluer, diagnostiquer la crise de la citoyenneté, et, à la lumière des leçons générées et apprises, proposer une charte pour la renaissance citoyenne. Mais quels citoyens serions-nous, si nous ne commencions par sacrifier au traditionnel devoir de mémoire ? Nos libertés démocratiques sont le mérite de citoyennes et de citoyens de rang exceptionnel dont certains sont encore vivants et ici présents. Madame Sy Kadiatou Sow, vous êtes l’une des actrices et l’une des gardiennes du temple du 26 Mars 91. Mesdames et Messieurs, vous êtes tous des acteurs vivants du 26 Mars. En cette 27è édition de la commémoration de cet évènement, qui ouvre un chapitre clé de notre histoire nationale, je voudrais saluer votre engagement citoyen et votre lutte opiniâtre. Votre présence renouvelée ici, chaque année, a fait de la Pyramide du Souvenir un sanctuaire de notre démocratie et un haut lieu de questionnement et de propositions. Vous avez fait de la Pyramide du souvenir un espace d’échanges et de confrontation des idées qui instaure chaque 26 mars un cadre démocratique de sensibilisation à la citoyenneté. Cette année, vous proposez de porter la réflexion sur une thématique brûlante notamment la « Crise de la citoyenneté au Mali » », a-t-elle indiqué.

Selon Mme la Ministre, à l’heure de la compétition mondialisée, à l’heure de la multiplication sans précédent de défis géopolitiques et sécuritaires dans le monde et en Afrique de l’Ouest, la défense de la patrie malienne n’est plus seulement un devoir constitutionnel pour chaque citoyenne et pour chaque citoyen. « Aimer et défendre le Mali est la seule alternative durable pour convertir nos défis actuels et futurs en succès. Il ne suffit pas de le dire, il faudrait le comprendre. Il ne suffit pas de le comprendre. Il faut y croire. Il ne suffit pas d’y croire, il faut se mettre dans les prédispositions pour le traduire en action. Comprendre la défense de la patrie pourrait aller de soi, mais comprendre la citoyenneté ne semble pas aussi aisé au regard des situations qui nous interpellent chaque jour dans notre rapport à l’autre, à la cité, à la patrie. Plus d’un demi-siècle de pratique de la démocratie semble avoir généré une espèce de citoyens maliens de type nouveau, qui s’est confortablement installé dans la négation des règles de base qui régissent notre pays, notre « maaya », notre humanité. Nous, citoyens du Mali, sommes dans une espèce de déni de ces valeurs constitutives de la grandeur du Mali. Du non-respect du code de la route aux bravades répétées de l’autorité, en passant par la corruption grandissante, les atteintes à l’environnement et à l’hygiène publique, la publication de photos et vidéos obscènes sur les réseaux sociaux et des calomnies de toutes sortes sur des citoyens honnêtes, il n’y a plus de doute que le Mali connaît des heures sombres quant à la pratique de la citoyenneté et la négation de nos valeurs morales sociétales », a-t-elle dénoncé.

Mme la Ministre a rappelé que le Gouvernement du Mali, conscient de l’effritement des valeurs cardinales de la citoyenneté, a créé un ministère dédié à la question de la citoyenneté qui, depuis bientôt trois ans, œuvre à donner du sens à ce concept à nos enfants et à la jeunesse de notre pays. « Le rétablissement salutaire du service national des jeunes, le renforcement de l’éducation civique et morale à l’école ainsi que les actions de sensibilisation à la citoyenneté active, sont autant d’actions que l’Etat du Mali a entreprises pour renforcer la citoyenneté. De même, d’autres chantiers restant entièrement ouverts à la prospective comme la charte de Kouroukanfuga, l’une des plus vieilles constitutions au monde, offrent au Mali toute la matière politique et sociétale pour repenser un modèle de développement durable, bâti sur le socle de la cohésion sociale, dans une dynamique de solidarité nationale et de gouvernance démocratique respectueuse des droits humains universels, mais résolument endogène et autocentrée. A la question de la citoyenneté se juxtapose aujourd’hui celle de la perte de nos valeurs culturelles. Le « Dambé» tant cher à nos ancêtres semble dénué de tout sens pour le citoyen d’aujourd’hui et nous semblons désemparés face à cette perte des repères. Le Ministère de la Culture, qui a pour mission première la promotion et le développement d’une culture ancrée dans les valeurs de la société malienne et de la civilisation universelle, est en droit de faire siennes ces critiques et de tenter d’y apporter des réponses appropriées, non pas pour un retour, mais pour un recours à nos valeurs intrinsèques », a-t-elle expliqué.

Le ministère de la Culture entend capitaliser les communications et se fera siennes les conclusions du colloque avec comme objectif final l’élaboration d’une Charte des Valeurs et de la Citoyenneté pour un recours effectif à nos valeurs susceptibles de contribuer à l’émergence économique et à au rayonnement international de notre pays. « C’est dire, chers conférenciers, chers ainés, combien notre aspiration est grande et notre volonté affirmée de marcher sur les traces de nos pères de l’indépendance et de travailler à la reconversion des mentalités, au modelage d’un malien de type nouveau, mieux enraciné dans ses traditions et coutumes, réconcilié avec son histoire et sa culture et ouvert sur le monde », a-t-elle souhaité.

Siaka DOUMBIA 

Source: Aujourd’hui-Mali

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