Meeting populaire sur le F CFA : LA BRANCHE MALIENNE DE L’ONG URGENCES PANAFRICANISTES SE MOBILISE CONTRE LE F CFA

Dans les 14 pays partageant le Franc CFA, des meetings
populaires ont été organisés samedi dernier (23 février) par
l’ONG Urgences panafricanistes, créée par le franco-béninois,
Kémi Séba. Un acteur de la société civile africaine luttant pour
la souveraineté des nations africaines depuis maintenant plus
d’une décennie.
La branche malienne de l’ONG pilotée par le jeune Bassaro Sylla et ses collègues partageant la même cause, a prévu son
rassemblement samedi dernier à la bourse du travail. Mais le meeting n’a finalement pas pu se tenir au lieu indiqué. Cause,
les forces de l’ordre les ont demandés de s’effacer des lieux.
Mais cela n’a pas empêché la tenue de l’événement. Car, les jeunes déterminés ont trouvé refuse juste derrière la bourse du
travail, sur un terrain de football. Sur les banderoles, l’on peut lire des expressions comme « On ne veut plus du Franc CFA »
« A Ba le Franc CFA » « Ce que les élites africaines ne font pas pour le peuple, le peuple le fera par lui même » etc. Sans
oublier les cris par-ci et par-là.
Pour le responsable d’urgences panafricanistes Mali, Bassaro
Sylla, l’objectif du meeting est de dénoncer l’impérialisme et la main mise française sur les richesses africaines. « Le F CFA,
qualifie-il, est une monnaie coloniale, créée au départ par le général DE GAULE afin de rationnaliser et récupérer le flux
financier des colonies pour soutenir la caisse française, qui était quasi vide après la 2è guerre mondiale. Selon ses dires,
pour la garantie du F CFA par l’Etat français, nos Etats sont obligés de déposer 50% de leurs devises extérieures à ce
dernier. C’est qui, du point de vue de l’activiste, est inadmissible en ce début du 21è siècle.
Pour donner du jus à ses propos Bassaro Sylla rafraichit les mémoires par cette phrase du premier président du Mali
indépendant, Modibo Keita. « La souveraineté politique ne peut
être une réalité, sans la souveraineté monétaire ».
De l’avis de l’activiste, le F CFA est une réplique du système nazi , qui lors de la 2è guerre mondiale a assis un dispositif
monétaire similaire sur les pays anéantis par l’armée hitlérienne, afin d’alimenter économiquement les caisses nazies. La monnaie joue, d’après lui, un rôle important dans la vie humaine. Pour faire comprendre facilement le citoyen lambda, Bassaro Sylla a donné un simple exemple. « Quand le
Mali vend son coton à la chine à une valeur d’1 milliard F CFA, et bien le système F CFA l’obligera à verser 50% (soit 500 millions F CFA) au trésor public français. Le pire est que, même les 50% restants ne tomberont pas au complet dans la caisse malienne, si l’on considère tous les autres prélèvements
bancaires » a ajouté le jeune Sylla.
« Or si le Mali gère à 100% ses devises extérieures sans verser quoi que ce soit à telle ou telle structure extérieure, il
y’aurait plus de revenus, donc plus d’investissement dans les servies sociaux de base, (école, santé, infrastructures, eau,
électricité etc.) », a-t-il jugé. Pour lui, le cas est une situation de vie ou de mort.
Dans son argumentaire, Bassaro Sylla a cité et salué la lutte des personnalités africaines comme l’économiste Ivoirien,
Nicolas Agbohou, l’ancien président de l’assemblée nationale de la Cote D’Ivoire, le Pr Mamadou Coulibaly, Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali, le Pr Kaku Nubukpo, ancien ministre togolais en chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques etc.
Ces leaders africains dont la majorité est économiste, ont déjà produit, selon le jeune Sylla, des propositions de solutions de
sortie. Il suffise que nos dirigeants y jettent un clin d’œil, demande l’activiste. Pour rappel, le week-end dernier a eu lieu
à Bamako, la tenue de la 1ère édition des Etats généraux sur le
F CFA. C’était sous la direction d’Aminata Dramane Traoré.
Le jeune activiste conscient de la pression extérieure exercée
sur nos dirigeants, il a profité pour répondre à la phrase du président Ivoirien, Alassane Dramane Ouattara lors de sa visité
à Paris, vendredi dernier, où ce dernier disait, je cite « le FCFA est une monnaie solide, elle est appréciée et elle est bien
gérée » fin de citation. En réponse, le jeune Sylla lui dit, ne peut
comprendre qu’une monnaie imprimée en dehors du territoire africain qui l’utilise ( à Chamalières, en France), où 50% de la devise extérieure des 14 pays sont versées au trésor français, puisse être appréciée par les africains. « Si le F CFA est bien
géré, les milliers d’africains ne se seraient pas jeté à la méditerrané pour tenter de rejoindre l’Europe. Bref, le président
Ivoirien sera jeté à la poubelle de l’histoire tout simplement, conclut-il.
Amadou Diallo, lui aussi membre de la branche d’urgences panafricanistes Mali, qualifiant, le F CFA de monnaie coloniale
et d’instrument de domination de l’Elysée, il a révélé un autre frein du système. En effet, selon ses dires, les F CFA d’Afrique de l’Ouest et du centre, ne sont pas convertibles. En terme clair, si un commerçant malien se rende au Gabon par exemple avec le F CFA d’Afrique de l’Ouest, il sera obligé de convertir ses CFA en Euro d’abord, puis en F CFA d’Afrique centrale, a expliqué M. Diallo. Donc, tout est fait pour éviter l’échange direct entre nous, affirme-t-il.
Cette jeune fille venue manifestée, dit longtemps ignorer le rôle de la monnaie dans sa vie quotidienne, mais avec toutes les informations réussies, elle s’est rendue compte qu’aucune nation ne peut penser à l’émergence sans une vraie politique monétaire basée sur ses réalités. A coté d’elle, un jeune homme ajoute que le Mali avait sa propre monnaie au tant de Modibo Keita, une monnaie bien gérée et qui répondait aux aspirations des maliens. « Mais aujourd’hui, nous voilà dans une situation insupportable pour nos petites économies face à un F CFA trop fort, puis qu’il est arrimé à l’Euro, une monnaie appartenant à des économies fortes par rapport aux nôtres ».
Rappelons que le F CFA (franc de la communauté financière d’Afrique) est consommé par 14 pays africains que sont le Mali, le Bénin, le Burkina-Faso, le Togo, le Niger, le Sénégal, le Cote D’Ivoire et la Guinée Bissau ayant comme institution d’émission la BCEAO. Le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Congo Brazzaville, la Centrafrique et la Guinée équatoriale avec comme banque d’émission, la BEAC.
Le F CFA est né le 26 décembre 1945 suite à la ratification par la France des accords de Breton Woods et procède à sa première déclaration de parité au fonds monétaire international (FMI). Il signifiait alors, le franc des colonies françaises d’Afrique. A cette époque, 1 franc CFA= 1,7 francs Français.
Selon la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 signée entre la France et les membres de l’union monétaire ouste-africaine (UMOA devenue UEMOA aujourd’hui), l’instrument est basé sur quatre critères à savoir : le principe de parité fixe ( 1 Euro= 655,957 F CFA depuis janvier 1999), le principe de la garantie de la convertibilité illimité du trésor français, les comptes d’opérations (Où les Etats membres déposent 50% de leurs devises extérieures au trésor public français) et la libre transférabilité, qui rend libre le transfert des capitaux entre les zones Francs et entre ces
zones et la France.
Le Franc FCA a subi plusieurs anéantissements de sa création
à aujourd’hui. Ainsi en 1994, la monnaie fut dévaluée de force à
50% par la France.

Amadou MAIGA

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