M5-RFP: les ingrédients d’une radicalisation

Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) qui avait renoncé à la démission d’IBK, dit-on, grâce à la médiation menée aux plans national et international, décide de revenir à sa revendication initiale. La situation est consécutive au silence d’IBK sur le mémorandum du M5 et sa décision de ne pas négocier directement avec ses frondeurs.

Le Président de la République Ibrahim Boubacar KEITA depuis son retour au sommet des pays du G5 Sahel tenu en Mauritanie multiplie les rencontres en vue de la décrispation de la situation socio-politique marquée par les contestations contre son régime. Au Palais de Koulouba ou à la Villa des hôtes, IBK a reçu en audience les responsables politiques de la Majorité présidentielle, les autorités religieuses, les familles fondatrices de Bamako. Outre ces acteurs, IBK a rencontré également séparément l’Imam Mahmoud DICKO et les responsables du M5-RFP.
Si rien n’a véritablement filtré des échanges entre IBK et Mahmoud DICKO, c’est connu que le mémorandum du M5 n’a pas suite de suite. Cette rencontre, selon nos sources, a duré quelques minutes. Le Président n’a pas donné l’occasion d’échanger en profondeur sur les points de revendication. Ainsi, cette audience qui suscitait l’espoir d’une décrispation a, au contraire, produit l’effet inverse. «Aucune concession n’a été faite par IBK. Aussi, il n’a montré aucune attitude montrant sa disponibilité au dialogue», a indiqué une source proche de la rencontre très furieuse de l’attitude du chef de l’État. La seule chose que le Président est disposé à faire est d’intégrer le M5 dans le gouvernement d’union nationale. Même là, il avertit que le temps est compté.
Alors que certains acteurs politiques de son clan lui demandent de prendre en main la sortie de crise, IBK renvoie les responsables du M5-RFP à la Majorité présidentielle. « Je respecte les positions exprimées par vous et là-dessus, je vous invite à continuer et approfondir les échanges avec la majorité présidentielle», a déclaré IBK.
Des prises de position et propos qui ont poussé les frondeurs à monter les enchères. Ainsi, après leur rencontre avec le chef de l’État, les responsables du M5 sont revenus sur ce point. Ils ont maintenu leur manifestation à Bamako et dans d’autres villes du pays le vendredi prochain pour réclamer de nouveau le départ d’IBK, à travers une désobéissance civile.
«Nous sommes allés à la rencontre d’IBK sur demande des autorités traditionnelles et des responsables de la communauté internationale. Mais hélas, son attitude a été méprisable. Il a continué à faire la sourde oreille. Il n’a pas compris encore le cri de son peuple. IBK n’est pas prêt à écouter son peuple. C’est pourquoi nous avons décidé de ne plus faire une concession sur sa décision», ont déclaré plusieurs responsables du M5 ayant pris part à la rencontre avec le Président, tout en appelant leurs militants à une très grande mobilisation le vendredi prochain. Et plus que jamais, le mot d’ordre de la mobilisation est la démission du Président IBK et de son régime.
Lors de cette audience, IBK a montré que face au problème il ne peut pas descendre de ses nuages pour discuter de l’avenir de son pays, ont constaté les émissaires du M5. C’est pourquoi, expliquent-ils, il n’a pas voulu les entretenir sur le mémorandum. Au lieu de s’assumer en tant chef de l’État et le principal responsable de la crise au Mali, IBK a préféré jouer au dilatoire en envoyant le M5 consulter sa Majorité, regrettent-ils.
« La Majorité présidentielle a rejeté d’emblée notre mémorandum. Sur quoi, nous allons discuter ? Et d’ailleurs les propositions du M5 ne sont pas adressées à sa Majorité, mais au Président de la République. Donc, c’est à lui de nous répondre», a déclaré Clément DEMBELE.
L’ancien ministre Me Mohamed Ali BATHILY d’ajouter : « on ne peut pas discuter avec une Majorité pour laquelle IBK même n’a pas de considération. Il ne les écoute pas. Il est seulement au service de sa famille. La preuve, la Majorité était pour l’honorable Mamadou DIARRASSOUBA pour les commandes de l’Assemblée nationale, mais sa famille a préféré Moussa TIMBINE. C’est cette décision qui a été suivie à la lettre. Alors nous ne voyons pas l’intérêt d’aller échanger avec cette Majorité qui n’est pas écoutée».
Face au mutisme du Président sur le mémorandum, les responsables du M5 lancent des messages de mobilisation inédite le vendredi prochain au monument de l’Indépendance. « Nous pensons qu’il allait avoir la sagesse de comprendre la situation, hélas il ne veut rien comprendre. Ainsi, nous appelons l’ensemble du peuple malien à se mobiliser le vendredi prochain pour dire à IBK de démissionner. Nous espérons et souhaitons que celle sera mobilisée plus que celle des deux précédentes », a martelé le ministre Konimba SIDIBE.
De même pour de nombreux observateurs et acteurs politiques non membres du M5, l’audience avec le Président IBK n’a enregistré aucune avancée pour une sortie de crise. Ils estiment au contrairement que la démarche risque de cristalliser la contestation.

Par Sikou BAH

Source: info-matin.

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