M5: comment sortir du bourbier ?

Malgré une forte adhésion de la population à son combat, le M5-RFP risque d’être buté à des obstacles s’il ne change pas de stratégie. Le mouvement devrait vite circonscrire certaines erreurs pour ne pas se faire des ennemis dans ses propres rangs. En tout cas, la stratégie de désobéissance civile commence à faire de grands bruits et risque de porter un coup dur au combat du M5-RFP. Malgré l’appel à observer une trêve, des jeunes posaient toujours des barricades sur les routes. Les responsables du M5-RFP sont interpellés à changer de stratégies et à maîtriser la couche juvénile de ses militants.

De l’avis de certains observateurs avertis, l’appel à la désobéissance civile est prématuré, d’autant plus que la porte de la négociation n’est pas encore complètement fermée. ‘’Un prématuré généralement ne survit pas. Et même s’il survit il peut porter à vie un handicap’’, souligne un observateur.
La population malienne n’est pas prête à une désobéissance civile même pour deux jours. Dans cette période de vache maigre, empêcher les Maliens de vaquer à leurs occupations fait grincer les dents. C’est pourquoi, cette semaine, le mot d’ordre des jeunes du M5-RFP n’a pas pu mobiliser beaucoup de manifestants. Les quelques jeunes qui continuent de sortir à travers la ville de Bamako sont dispersés par les forces de l’ordre.
Avec la situation de crise économique que traverse notre pays, il serait très difficile que les Maliens adhèrent à la stratégie de désobéissance civile. Dans un pays où la majorité des citoyens vit au jour le jour de petits travaux informels, la désobéissance civile provoquera la colère de la population contre les initiateurs.
Aussi on le sait, au Mali, les fonctionnaires sont payés à partir des recettes journalières des services de douanes et des impôts. Une paralysie de ces services aura des conséquences très graves sur le fonctionnement même de l’État.
Un autre fait que les leaders du M5-RFP devraient analyser est le fait que nous sommes à la veille de la fête de Tabaski. Aujourd’hui, empêcher les chefs de famille de sortir pour aller chercher de quoi préparer cette fête sera lourd de conséquences. Donc empêcher la population de sortir en cette veille de la fête peut être un risque de retournement de la population contre les initiateurs.
Les responsables du mouvement doivent faire attention pour que l’engouement populaire ne se retourne pas contre le mouvement. En cas de chaos, ce sont les populations qui seront les victimes. Ceux qui sont au pouvoir peuvent tenir pendant des mois, car ils ont leurs provisions. L’on ne doit pas perdre de vue que Bamako est une ville très précaire et les gens se débrouillent pour avoir leur pain quotidien. Donc, au M5-RFP, la raison et la mesure doivent prévaloir pour une solution négociée, mais vraiment éviter les solutions extrêmes.
Les leaders du Mouvement devraient expliquer aux jeunes que la désobéissance civile ne veut pas dire faire des émeutes et faire des casses. Les jeunes qui sont dans les rues doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’entraves à la liberté d’autrui. Ils peuvent refuser de suivre les instructions et les ordres du pouvoir sans entraver ou renier l’État dans son existence et provoquer le chaos.
Dans cette stratégie de désobéissance civile, les leaders devraient veiller à ce que les jeunes ne portent pas atteinte aux biens publics et privés. Le cas de 2012 doit servir de leçon, car le Mali a du mal à se relever et les séquelles sont toujours visibles. Cette sensibilisation est primordiale, car ces jeunes sont appelés à être les leaders de demain.
Une autre situation qui ne grandit pas le M5-RFP est l’image des enfants qu’on voit sur les réseaux. Dans l’application des mesures de désobéissance civile, aucun responsable du mouvement n’est visible sur le terrain comme annoncé. Ce sont des jeunes et des enfants mineurs qui sèment la terreur au sein de la population. Ce qui n’est pas à l’honneur du Mali. Il est déplorable qu’au Mali l’on constate dans les rues des enfants qui s’adonnent à des actes de violences et de racket au nom de la désobéissance civile.
Ce n’est pas une bonne image de voir des enfants brûler ou piller les biens publics et privés. Cela n’est pas l’image de notre pays. Ce n’est de cette façon qu’on offrira un avenir meilleur au Mali. Si la désobéissance civile est un droit, ces enfants et ces jeunes doivent être conduits par des adultes qui savent au moins ce qu’ils font.
En tout cas, cette stratégie est un couteau à double tranchant. Déjà l’on constate que les jeunes prennent goût à semer la terreur au sein de la population, dans les rues. Malgré l’appel à observer une trêve, hier mardi, plusieurs routes à Bamako ont été bloquées par les jeunes. Cette situation ne peut pas continuer et le pire est à éviter.
Une autre erreur qui peut porter un coup fatal au combat du M5 est le fait de réclamer justice uniquement pour les victimes des 10, 11 et 12 juillet. Le mouvement montre déjà que seul Bamako compte pour lui. Ce qui n’augure pas de lendemains meilleurs pour des gens qui veulent diriger le pays. En plus des victimes enregistrées suite à la manifestation du 10 juillet, le M5 devrait réclamer justice pour tous ceux qui ont été assassinés au Mali ces dernières années. Cela doit être le langage de tout leader qui ambitionne de diriger le Mali, après plusieurs années de crise multidimensionnelle.
Il est certain que les Maliens aujourd’hui, de façon générale, ont soif de justice. De ce fait, un Mouvement qui vise à apporter du changement doit impérativement réclamer justice pour toutes les victimes maliennes, sur toute l’étendue du territoire national.

PAR MODIBO KONE

Source : INFO-MATIN

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