L’ESCLAVAGE AU MALI : L’indifférence des pouvoirs publics comme caution

Le phénomène de l’esclavage au Mali est un sujet complexe, mais pas une exception. Déjà, pendant la période coloniale, des efforts plus ou moins adaptés selon les zones avaient été faits pour endiguer cette discrimination intempestive qui ne cadrait pas avec la « mission civilisatrice » portée par l’occupant. 

Devant l’enracinement idéologique séculaire au niveau de certaines communautés, la France coloniale, après de timides réformes hâtives, a fait profil bas. Les communautés nomades et/ou transhumantes ont été durement affectées par ces mesures à cause de cette brusque rupture d’un élément essentiel de leur mode de production.

Les manifestations de foi ou les discours révolutionnaires ne peuvent déraciner un système dont les origines et les amarres sont économiques et consenties par tous les membres de la communauté qui y trouvaient tous leurs comptes ou croyaient en cela.

Sur le plan universel, l’Humanité n’est arrivée à la société féodale que par un processus économique déterminant. Par quelle magie, donc, la France civilisée pouvait-elle détruire ce système sans apporter le moindre changement au mode de production ?

La première République, d’option socialiste et ne tolérant aucune forme d’asservissement, était dans son rôle de promouvoir l’égalité entre tous les citoyens. N’ayant pas tiré profit des enseignements des tentatives improductives de la période coloniale dans le cadre de l’abolition de l’esclavage, elle s’est lancée dans des réformes sociales sans emprises réelles sur les communautés concernées. D’autres ont suivi portant sur la réforme agraire ou le déplacement massif des populations « victimes » vers les nouveaux centres industriels en guise d’affranchissement. L’Office du Niger et l’Industrie sucrière de Dougabougou (Région de Ségou) ont été privilégiés. Parallèlement, des actions coercitives ont été envisagées contre les communautés réfractaires au nouveau code politique.

Ces différentes stratégies s’avéreront non seulement contre-productives, mais vont plonger la nouvelle République dans une rébellion mortifère, l’état n’ayant pu développer d’alternatives économiques et sociales conséquentes pour faire face à ce bouleversement spontané. Il y a lieu aussi de rappeler que l’enthousiasme des communautés Nomades et particulièrement touareg reposait plus sur le désir de retrouver leurs terres que le Colon leur avait reprises en les refoulant vers les Régions moins hospitalières de l’extrême nord de la zone. Mesure politique qui visait à détruire leur capacité de nuisance à l’ordre colonial par la destruction de leur système de production.

Par contre, au Sud du Mali, la réalité est moins perceptible. En milieu bambara, l’esclavage n’a jamais été un statut irréversible. «L’on peut devenir esclave, mais votre comportement vous y maintient». Pour les Sarakolés, la particularité est que la plupart des Hommes vivant sous ce statut ont été payés sur les marchés d’esclaves. Ils sont arrivés déjà esclaves sans attaches sociales connues. Il faut aussi admettre que les marchands Sarakolés ont joué un grand rôle dans le commerce des esclaves. Ils les payaient des mains des esclavagistes pour les revendre vers les côtes africaines. Tout compte fait, ce qui s’y passe aujourd’hui n’est que trop prévisible. Toute accumulation quantitative bascule vers un changement qualitatif. Et les soubresauts constatés sont ceux d’un mourant en agonie. La marche de l’Histoire est irréversible.

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