L’APPLICATION DE L’ARTICLE 39 PEUT-ELLE SAUVER L’ÉCOLE ? Parents, enseignants et élèves entre espoir et scepticisme

De nombreuses grèves et marches ont été organisées par les enseignants pour l’application de l’article 39 de la loi N°2018-007  du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, l’enseignement fondamental et l’éducation préscolaire et spéciale. Et ils ont finalement obtenu gain de cause puisque le président de la République a finalement décidé de l’application intégrale de cette disposition salariale. Mais, que pensent les élèves, les enseignants, les parents… de cette décision tardive ? Qu’est-ce qu’elle change ? Peut-on pédagogiquement sauver l’année scolaire ?

«J’ai décidé de mettre fin à la crise scolaire en appliquant l’article 39» ! C’est l’engagement pris par le président Ibrahim Boubacar Kéita, le 16 juin 2020 au CICB, devant les forces vives de la nation. Une décision annoncée moins de 48h après son adresse à la nation. Cette déclaration du président IBK n’a pas visiblement suscité de l’espoir dans le pays même si l’opinion nationale est partagée sur son impact sur l’année scolaire voire sur le secteur stratégique de l’Education. «Cette décision du président n’est pas tardive car si on l’applique maintenant l’année peut être sauvée», a affirmé M. Lamine Diarra, parent d’élevé. Mais, si certains saluent cette décision que le président Kéita aurait pu prendre très tôt, ils pensent qu’elle ne pourra pas sauver l’année scolaire. «Sur le plan de la justice sociale, cette décision d’IBK n’est pas du tout tardive, les enseignants profiteront de ce qui leur revient de droit. Mais, sur le plan pédagogique, elle ne pourra pas sauver l’année scolaire qui est déjà finie. Sans compter que le pays fait aussi face à une crise sanitaire liée à la Covid-19. Normalement, c’est la période des examens maintenant…», a souligné, un observateur. L’application de cette mesure pourra-t-elle résoudre tous les maux dont souffre notre système éducatif ? Nos interlocuteurs sont sceptiques.

«Depuis l’avènement de la démocratie, l’école malienne a toujours des problèmes et l’article 39 ne fait pas partie des problèmes majeurs. Le niveau ne cesse par exemple de baisser et, depuis plusieurs années, le Mali n’a jamais terminé une année scolaire sans des perturbations», a souligné M. Yaya Traoré, qui est également  enseignant.

Pour M. Soumaïla Koné, Directeur de l’école Niomi1 à Hamdallaye (commune IV de Bamako), «l’application de l’article 39 est une infime partie des problèmes de l’Ecole malienne. Il faut que le gouvernement mette un fond pour l’aménagement des immeubles de l’école. Sans compter la formation continue des enseignants».

Pour Mme Fofana Aminata Diarra, «l’application de cet article peut résoudre les problèmes parce qu’un enseignant qui gagne beaucoup à la possibilité de se documenter pour bien enseigner… Si les apprenants sont bien formés, ils pourront participer au développement du pays».

En tous cas, les parents sont toujours inquiets du sort de leurs enfants. «Nous espérons que le gouvernement va tenir toutes ses promesses afin que les syndicats ne puissent pas baisser les bras», espère M. Diarra Lamine, un parent d’élève. «Nous voulons étudier et nous espérons que l’application de l’article 39 va maintenant exhorter les enseignants à se concentrer sur leur devoir à l’égard de la nation», souhaite Aïchata Koné, élève en 9e année fondamentale.

Les écoles sont restées fermées pendant longtemps et cela va jouer sur le niveau d’études au Mali. Comment pallier cette situation ? Comment rehausser le  niveau des enseignants et surtout des élèves maliens ? «Pour rehausser le niveau des enseignants, il faut que l’Etat malien revoit la qualité de la formation des enseignants», conseille Mansour Traoré, élève au Lycée Prosper Kamara de Hamdallaye.

D’autres pensent aussi que, pour rehausser le niveau des enseignants, il faut une formation continue des enseignants. En tout cas presque tous nos interlocuteurs sont convaincus que résoudre la crise scolaire du Mali de façon pérenne peut résoudre beaucoup de problèmes au niveau de l’Ecole malienne.  Et nous n’avons d’autres choix que prendre le taureau par les cornes car c’est par l’éduction qu’on peut forger un meilleur avenir à ce pays en outillant efficacement ses fils et filles à participer tous à son développement !

LE MATIN

Laisser un commentaire