La Turquie annonce des mesures pour stopper la chute de la livre

Confrontée à la chute de sa livre, la Turquie semble réagir ce lundi 13 août. La Banque centrale se dit prête à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour éviter une crise monétaire, alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé pendant tout le week-end les États-Unis d’avoir fomenté un « complot politique » contre son pays.

La livre souffle un peu ce lundi 13 août midi – ce qui signifie qu’elle reste très faible, mais stable -, au lieu de poursuivre son effondrement des derniers jours face au dollar américain. La monnaie turque doit ce répit aux annonces de la Banque centrale, restée silencieuse jusqu’ici ce qui avait eu pour effet d’accélérer sa chute, rapporte notre correspondante, Anne Andlauer.

L’institution monétaire, dont l’indépendance est mise à mal ces derniers mois par le président Recep Tayyip Erdogan, a notamment annoncé qu’elle fournirait « aux banques toutes les liquidités nécessaires ». Dans une tentative de rassurer les marchés, la Banque centrale de Turquie a révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, dans le but d’éviter tout problème de liquidité.

Pour Deniz Akagul, il faut augmenter les taux d’intérêt

Elle a indiqué qu’environ 6 milliards de dollars et l’équivalent de 3 milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier. Une mesure insuffisante selon Deniz Akagul, professeur d’économie à l’Université de Lille. « La réduction des réserves obligatoires permet de mettre quelques milliards de liquidités sur le marché mais, par rapport au déficit courant de l’économie turque qui est de l’ordre de 50, 60 milliards de dollars, c’est une goutte dans un océan ».

Le gouvernement tente d’éteindre l’incendie, poursuit l’économiste mais « la mesure immédiate qu’il faut, c’est d’augmenter les taux d’intérêt au directeur de la Banque centrale de Turquie. En tout cas, cela peut arrêter la dépréciation rapide de la livre turque, mais revenir à des taux de change d’avant la crise me paraît irréaliste. »

Erdogan accuse les Etats-Unis de frapper la Turquie « dans le dos »

De son côté, le ministre des Finances, Berat Albayrak, gendre de Recep Tayyip Erdogan, affirme dans un entretien au quotidien Hürriyet que la Turquie va mettre en œuvre un plan d’action économique, dont il doit encore dévoiler les grandes lignes. Autant d’annonces qui visent donc à rassurer, alors que le président turc a au contraire multiplié ces derniers jours les déclarations de défiance vis-à-vis des marchés et de Washington, contribuant à l’effondrement de la livre. Ce lundi encore, il accusait les Etats-Unis de chercher à frapper la Turquie « dans le dos », imputant à un complot américain la chute de la livre.

Le pouvoir veut à tout prix éloigner le risque d’une défaillance bancaire, accompagnée de faillites d’entreprises. Ces dernières sont, en Turquie, très endettées en dollars.

REPORTAGE
Mon sésame et ma farine sont en partie importés et leur prix est indexé sur le cours du dollar. Le prix du sésame augmente d’une ou deux livres par mois. Même le prix de la levure augmente de quelques centimes tous les trois mois. Ça fait grimper mes coûts de production. Je gagne moins d’argent.
La chute de la livre turque n’épargne pas les fabricants de simit, petit anneau aux graines de sésame13/08/2018 – 

Inquiétude de la BCE pour les banques européennes

La Banque centrale européenne s’inquiète car certaines banques européennes ont beaucoup prêté en Turquie. 40% de ces crédits sont libellés en devises et les emprunteurs risquent de ne pas pouvoir faire face à des remboursements en euro ou en dollar, avec une livre turque qui a perdu plus du tiers de sa valeur depuis le début de l’année. Sur ces banques européennes pèseraient alors des emprunts toxiques ou plus prosaïquement « pourris ».

Les banques les plus exposées en Turquie sont la Française BNP-Paribas, l’Italienne UniCredit, jugée la plus fragile dans ce contexte, mais surtout l’Espagnole BBVA. En effet les emprunts turcs aux banques  espagnoles atteignent plus de 80 milliards de dollars. Les banques françaises sont exposées à hauteur de 38 milliards de dollars, celles du Royaume-Uni à 19 milliards, et les allemandes et italiennes autour de 17 milliards.

La situation est ennuyeuse pour ces banques mais ne constituent cependant pas un danger majeur pour elles. Leur engagement en Turquie ne se hausse qu’à un faible pourcentage de leurs engagements totaux dans le monde.

Source: rfi

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