IBK EST, MAIS LE MALI N’EST PLUS GOUVERNÉ.

C’est un triste constat. Il y a une indéniable léthargie qui sclérose le sommet de l’État. Depuis au moins trois semaines, il n’y a pas eu de conseil des ministres.

Ibrahim Boubacar Keïta est toujours aux commandes, mais le pays est de toute évidence bloqué, voire, carrément en vadrouille, en tout cas incapable de réunir ses instances de décision avec efficience. Certains observateurs vont jusqu’à dire que IBK est désormais dans une fonction plus virtuelle que réelle; qu’il n’est même plus dans le rôle d’inaugurer les chrysanthèmes, occupé qu’il est par la recherche des solutions à même de le sortir de la nasse dans laquelle il se trouve être pris. La poussée populaire contre lui ne faiblit pas, au contraire elle se renforce au fil du temps. Seules les conditions de sa démission sont discutables, répètent inlassablement l’imam Mahmoud Dicko et les leaders du M5-RFP.

Ce qui est certain le mercredi est jour traditionnel de conseil des ministres au Mali depuis l’indépendance nationale acquise en 1960. Or, le mercredi 3 juin 2020, cette instance ne s’est pas réunie à Koulouba sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta ou sous l’intérim assuré par le Premier ministre, Dr. Boubou Cissé. C’est parce que, tout simplement, il y avait la lourde pesanteur du premier rassemblement populaire du vendredi 5 juin, annoncé fermement par trois organisations, la C.M.A.S, ESPOIR MALI KURA et le FSD. Cet évènement a tenu toutes ses promesses en réunissant une foule immense sur le Boulevard de l’indépendance où il n’a été question d’autre revendication citoyenne que la démission d’IBK et de son régime.

La menace a été prise au sérieux et la panique s’est installée dans les sphères dirigeantes. Si bien que le mercredi suivant, 10 juin, il  n’y a pas eu non plus de conseil des ministres. Le lendemain, jeudi 11 juin, Dr. Boubou Cissé remet sa démission et celle de son gouvernement au chef de l’État qui l’accepte et le reconduit à son poste. Mais la cérémonie, contrairement à toutes celles du genre, n’a pas été couverte par la télévision publique, ce qui a soulevé des suspicions. En plus, la signature exhibée du président de la République sur le décret de reconduite du Premier ministre différait dans sa forme de la signature connue d’IBK. Autres questionnements. Enfin, le dimanche 14 juin, Ibrahim Boubacar Keïta apparaît par une adresse à la nation dans laquelle il affirme avoir remis le PM en selle, puis assure qu’il a entendu et compris le cri du peuple.

Les évènements s’enchaînent. IBK, le lendemain de son adresse à la nation, se rend chez l’ancien président Moussa Traoré, avec comme secrétaire le Premier ministre, pour rencontrer l’imam Mahmoud Dicko et Choguel K. Maïga. La rencontre est infructueuse puisque les responsables de la contestation lui répètent  qu’il doit écouter le peuple. Le mardi 16 juin, le chef de l’État parle à ses ouailles au C.I.C.B. où le M5-RFP a refusé d’aller l’écouter. Il annonce qu’il a instruit au Premier ministre l’application immédiate de l’article 39 pour résoudre la crise scolaire, et la libération imminente de Soumaïla Cissé enlevé depuis le 25 mars.

Trois jours après, la deuxième mobilisation citoyenne du M5-RFP prend d’assaut, le vendredi 19 juin, le Boulevard de l’indépendance avec une foule beaucoup plus impressionnante que celle du 5 juin. En plus, dans les régions et partout dans le monde où se trouve une importante diaspora malienne, les Maliens sont sortis massivement pour réclamer la démission d’IBK. Et, ce mardi 23 juin, Dr. Boubou Cissé comptera deux semaines sans réussir à former un nouveau gouvernement. Or, on entend çà et là que certains ministres et pas des moindres de son précédent gouvernement refusent de faire partie d’une nouvelle équipe. Le pays, indéniablement, n’est plus gouverné. Il convient de s’émouvoir de cette situation.

Amadou N’Fa Diallo

LE COMBAT

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