Focus : Et les bourreaux du capitaine BAD ?

Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita a présidé le vendredi dernier la cérémonie de baptême de la 37ème promotion de l’Ecole militaire interarmes (Emia) de Koulikoro. Une promotion baptisée «Capitaine Sékou Traoré » dit BAD.

Ce nom rappelle de douloureux souvenirs aux Maliens. En effet, ce jeune officier a été sauvagement assassiné à Aguelhoc, le 24 janvier 2012, lors d’une attaque revendiquée par le Mnla. Commandant de la 113è compagnie nomade, BAD et ses hommes se sont vaillamment défendus contre une meute assoiffée de sang.

Finalement, le jeune capitaine et beaucoup de soldats furent prisonniers, avant d’être exécutés. Sommairement. Les auteurs de cette barbarie sont connus…

Plus de quatre ans après, le capitaine Sékou Touré et ses compagnons tombés sur le champ d’honneur méritent la reconnaissance de la patrie. Mais, ce baptême intervient au moment où les bourreaux d’Aguelhoc sont célébrés à Bamako. Il intervient au moment où les principaux responsables du Mnla et autres mouvements rebelles sont assurés que  leurs multiples crimes (contre  les soldats et les populations civiles) resteront à jamais impunis.

Le baptême de BAD intervient également au moment où ses assassins sont conviés à la table au palais de Koulouba. Alors pour rafraichir certaines mémoires, un petit rappel s’impose.

Les 18, 20 et 24 janvier 2012, la localité d’Aguelhoc, région de Kidal, avait fait l’objet d’attaques barbares et meurtrières de la part de bandits armés se réclamant du Mouvement national de libération de l’Azawad. L’attaque du 24 janvier 2012 avait connu un bilan très lourd, aussi bien du côté des forces armées que des rebelles.

Mais, avec l’atrocité des tueries, le gouvernement malien y avait décelé la main salafiste et affirmé dans un communiqué, l’implication d’Al Qaïda au Maghreb islamique. Suite à ces tueries, et sur instruction du président de la République de l’époque, une Commission spéciale d’enquête a été mise en place le 29 janvier 2012. Mission : mener des investigations nécessaires à la manifestation de la vérité sur les cas d’atteintes à la vie, à l’intégrité physique des personnes et aux biens.

Présidée par l’Inspecteur général de police, Alioune Badara Diamouténé, cette commission a commencé son travail exactement le 31 janvier 2012 et mené dix jours d’investigations sur le terrain. Elle a rendu son rapport au chef de l’Etat, le mardi 21 février 2012, dans le Salon Mali du palais de Koulouba.

Au sortir de cette rencontre, l’Inspecteur général Diamouténé dira à la presse que les Salafistes d’Aqmi ont bel et bien participé aux atrocités d’Aguelhoc : « L’habillement de la plupart de ces combattants barbus, le mode d’exécution de militaires désarmés, attestent la participation d’Aqmi aux combats aux côtés du Mouvement national de libération de l’Azawad lors des attaques des 18, 20 et 24 janvier 2012 contre le camp militaire, l’Institut de formation des maîtres et la ville d’Aguelhoc ».

Dans sa déclaration, le président de la commission précise que des élèves et enseignants de l’Institut de formation des maîtres d’Aguelhoc ont été utilisés comme boucliers humains par les assaillants en difficulté lors de l’attaque du 18 janvier 2012. Ces élèves et enseignants, entendus par la Commission spéciale d’enquête attestent les faits d’atrocité commis sur des militaires désarmés.

« Ces déclarations corroborent le mode d’exécution sommaire de combattants désarmés régulièrement pratiqué par Aqmi », enfonce l’inspecteur général Diamouténé. Qui révèlera que, sur le terrain, sa commission a pu recueillir des preuves et des témoignages des rescapés militaires et civils, soutenus par des images qui attestent que des combattants de l’armée malienne désarmés ont bien été arrêtés, ligotés les mains derrière le dos, avant d’être froidement abattus.

Outre l’Inspecteur général de police, Alioune Badara Diamouténé de l’Inspection des services de santé et de protection civile, la Commission spéciale d’enquête comprenait six autres membres, tous officiers supérieurs des forces armées et de sécurité. Il s’agit de : Colonel major Eloi Togo de l’état-major général des armées, Colonel Békaye Samaké de la direction de la sécurité militaire, Colonel Lassana Doumbia de la Présidence de la République, Colonel Satigui dit Moro Sidibé de la direction de la justice militaire, Lieutenant-colonel Ibrahim Maïga de l’inspection générale des forces armées et services et Major Mahamadou Diarra de la gendarmerie nationale.

Au-delà de la cérémonie de Koulikoro, toute réhabilitation du capitaine Sékou Touré et ses compagnons, passe impérativement par le châtiment de leurs bourreaux, qui narguent aujourd’hui les Maliens.

CH Sylla

Source: L’Aube

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.