Elections législatives terminées : Reste la mise en place d’une « Assemblée Nationale Coronavirus »

Le dimanche, 19 avril, partout au Mali, s’est tenu le 2è tour des législatives sur fond de vives préoccupations sanitaires. Après un 1er tour extrêmement timide, l’heure était venue pour départager les vainqueurs. Là aussi, ce fut une élection manifestement boycottée par un public remonté contre la tenue d’un scrutin en lequel il voit la source d’une « très probable propagation» du Covid-19. Au vu d’une telle carence en expression démocratique, n’irions-nous pas vers la mise en place d’une « Assemblée Nationale Coronavirus » ?

Les législatives de cette année au Mali, auront été parmi les plus impopulaires de toute l’histoire de notre démocratie. Elles sont intervenues à un moment où la pandémie du Coronavirus s’est emparée du globe entier en ne faisant aucun cadeau partout où le virus dépose ses valises. L’humanité retiendra qu’une satanée maladie, malgré les plateaux médicaux les plus sophistiqués au monde, n’a eu aucune difficulté à chambouler les données scientifiques et technologiques en allant jusqu’à décimer littéralement une partie de la race humaine.
Au Mali, au moment où le peuple aspirait ardemment à un changement de l’Hémicycle, le satané virus a fait irruption dans le pays avec son cortège de paniques et épouvantes. Cela s’explique notamment par l’inefficacité criante de la communication gouvernementale autour de la pandémie. Dès lors, les mots d’ordre de boycott électoral se sont spontanément emparés des réseaux sociaux au Mali, propageant, en même temps, les rumeurs d’aggravation du risque de contamination massive lors du scrutin législatif. Et, curieusement, en seulement une semaine après le 1er tour de l’élection, le Mali s’est automatiquement retrouvé avec plus de 150 cas positifs de Covid-19 et cela n’a fait que confirmer l’hypothèse des non-votants.
Au deuxième tour, le doute s’est considérablement accru dans les esprits et le scrutin a enregistré un des taux les plus faibles depuis l’avènement de la démocratie au Mali. Plusieurs candidats, de façon malhonnête et anti-démocratique, se sont vus obligés de recourir aux achats de conscience pour faire sortir les électeurs en masses, en particulier, les femmes. A Bamako, c’était hallucinant ! La machine du clientélisme était systématiquement en marche pour ressasser le maximum de voies, vu la méfiance généralisée à se rendre aux urnes en raison de la peur du Covid-19. Une large majorité de ceux qui ont été ou seront définitivement élus, l’ont été ou le seront sur la base d’achats de consciences après avoir forcé des électeurs à sortir, ce, en échange de billets de banque malgré leur peur d’être contaminés par le Coronavirus.
Cette carence de légitimité démocratique et de volonté populaire autonome, ne sert réellement qu’à vider la nouvelle équipe parlementaire malienne de toute substance morale, d’où, l’ironie quasi-unanime des Maliens de la rebaptiser, désormais, « Assemblée Nationale Coronavirus ».

Moulaye Diop

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