Écoles privées : Les limites de la débrouillardise

Ces établissements d’enseignement fonctionnent sur les frais de scolarité versés par les parents d’élèves. Mais du fait de la Covid-19, les paiements ne suivent pas

Le coronavirus, apparu en Chine en décembre 2019, s’est rapidement propagé dans le monde. Notre pays qui a découvert ses premiers cas en mars dernier a élaboré et mis en œuvre un plan de riposte. Il faut aussi préciser qu’à l’issue d’une rencontre du Conseil supérieur de défense nationale, il a été décidé de la fermeture des classes pour circonscrire une éventuelle contamination à grande échelle dans notre pays. Il est utile de préciser que les élèves des classes d’examen ont repris le chemin de l’école depuis le 2 juin dernier.

La fermeture des classes a été lourdement ressentie par les écoles privées. Les enseignants et promoteurs de ces établissements d’enseignement se tournent les pouces. Les pédagogues qui officient dans ces écoles privées réclament des arriérés de salaires que les promoteurs n’arrivent pas à éponger du fait de la fermeture des écoles. Ils évoquent des difficultés d’ordre financier parce qu’ils n’arrivent pas à mobiliser les subventions de l’État et les parents d’élèves aussi ne paient pas non plus les frais de scolarité.

La situation fait grincer des dents puisque depuis mars dernier, les enseignants des écoles privées (en tout cas pour la plupart) expliquent n’avoir pas reçu le moindre kopeck. Ils ruminent leur colère et savent plus à quel saint se vouer. Namory Traoré est proviseur du Lycée pour le changement social (LCS), sis à Hamdallaye ACI 2000. Selon lui, avec la Covid-19, les établissements d’enseignement privés vivent des jours difficiles. Et personne ne peut leur reprocher de ne pas s’accommoder des conditions actuelles. Le proviseur explique la fragile santé financière des établissements privés qui fonctionnent sur les frais de scolarité que les parents d’élèves paient.

«Donc compte tenu de la situation actuelle liée à la Covid-19, environ 98% des parents d’élèves ne s’acquittent pas des frais de scolarité de leurs enfants. Ils se donnent des raisons de ne pas le faire parce qu’ils se mettent en tête certainement que ce serait une année blanche», explique le proviseur du LCS. Pour Namory Traoré puisqu’il y a moins de rentrée d’argent, c’est logique que les établissements privés aient des difficultés à payer les salaires de leurs employés, notamment le personnel de l’administration et les enseignants qui dispensent les cours voire la location (parce que la plupart des écoles privées sont dans des locaux pris en bail). Pour lui, il ne fait l’ombre d’aucun doute que si la situation perdure, certaines écoles mettront la clef sous le paillasson.

Djédani Yoroba Cissé, directeur de l’école «Cour Moderne Privé bilingue Amadou Sow» (CMPBAS), partage cet avis. Lui aussi déplore le fait que les écoles sont fermées depuis le 19 mars 2020. «Les parents d’élèves pensent que les écoles ne rouvriront plus leurs portes cette année. Nous vivons un moment très difficile surtout financièrement. Nos enseignants ne sont pas payés depuis des mois parce que les parents ne paient pas les frais scolaires», souligne-t-il.

Il rappelle l’autre revers de la médaille puisque les enseignants aussi continuent de mettre la pression sur les promoteurs pour le règlement de leurs arriérés de salaires. Il dit comprendre cette pression parce que les pédagogues y vivent de leurs rémunérations.

Au niveau du complexe scolaire «Mary saint-claire», la directrice du centre de formation professionnelle en coiffure et esthétique, Mme Keita Mariam Tambadou, indique que la Covid-19 a bousculé les habitudes sur le plan du travail (les élèves font la double vacation). Elle explique que son établissement vit le même casse-tête que les autres, en termes de non paiement des frais de scolarité. On espère sur les parents mais beaucoup d’entre eux nous ont simplement opposé comme argument la longue période de fermeture. Ils étaient sensés tenir compte des cours de rattrapage que nous avons mis en place pour exécuter correctement le programme de l’année.

À l’école privée «Mami Belle» de Lafiabougou, l’élève, Fatoumata Baba Cissé en classe de 9è année explique son regret de voir la situation trop durer. Pour elle, ce sont les élèves qui en pâtissent parce qu’ils auront le ressort cassé pour avoir fait au minimum plus deux mois à la maison. Les acteurs de l’enseignement privé souhaitent vraiment un accompagnement de l’État pour garder la tête hors de l’eau. Mais ils continuent de maudire la pandémie, source de toutes les préoccupations.

Siné S. TRAORÉ

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