Pour tout dire : L’amer fruit récolté à l’arbre des pères irresponsables

Là-bas dans un lointain pays, dans les agissements de ses filles et fils constituant l’élite, les choses les plus partagées se nommaient «corruption; gabegie; clientélisme; favoritisme; etc.».

C’en était devenu la devise nationale. «L’argent n’a pas de couleur», faisait office d’axiome pour féliciter ceux qui en gagnaient (quelque fut la manière), encourager ceux qui en cherchaient avec hargne et humilier ceux qui ne souhaitaient en avoir que par la voie de la droiture. Ces derniers, pensait-on, ne cherchaient qu’à trouver un prétexte à leur incapacité et à leur paresse.

Tout y avait donc un prix. Mais ce prix ne s’estimait qu’en deux monnaies: l’argent et la connaissance de quelqu’un très haut perché. Ne disposer ni de l’une ni de l’autre de ses deux «valeurs», revenait à être un marginal, un exclu. Et ceux dans ce panier-là gonflaient les 90% de la population. L’accès à tout leur était restreint; à la nourriture, au logement, aux terres, à l’emploi et à l’éducation.

Et même avec cette restriction, ce qui leur parvenait était de mauvaise qualité; aliments avariés, habitation dans les baffons, terres infécondes, salaires désuets et école émaillée par les incessantes grèves dont le degré de violence ne cessait de croitre, avec pour corolaire des blessés, des morts et le niveau des acteurs au rabais.

Les élites qui passaient du Pouvoir à l’Opposition puis au pouvoir, encore et encore, grâce à des alliances faites et défaites plusieurs fois, avaient réussi à endormir la masse en dirigeant son attention vers les éphémères plaisirs liés à l’alcool, aux drogues et surtout au sexe. Ainsi, perdant toute mesure des choses ayant trait à l’honneur et à la dignité, les masses populaires avaient laissé éclore leur instinct primitif, lui permettant de surclasser leur raison.

Et cela faisait le bonheur des élites qui, pour montrer qu’elles étaient bien conscientes de tout cela, amenaient leur famille se traiter dans les hôpitaux des grands pays, mangeaient uniquement de ce qui en venaient, et y envoyaient les enfants naitre puis accomplir leur  cursus scolaire et universitaire. Mais à leur moment de quitter le pouvoir, ils firent revenir leurs enfants pour gérer le pays après eux.

Mais, le peuple qui avait été émotionnellement endurci par des années de souffrance et de privation, se souleva sous le règne des héritiers, longtemps après le départ à la retraite des pères dignitaires. Les fils héritiers payèrent de leur vie ce que leurs devanciers avaient semé. C’est arrivé là-bas dans ce pays lointain, mais si proche du nôtre par les agissements de ses filles et fils constituant l’élite. Pour tout dire, faisons attention à nos normes de conduite sociale car les mêmes causes produisent inéluctablement les mêmes effets.

Par Abdoulaye Konaté

Source: Le Prétoire

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