Que sont-ils devenus : Mamadou Doumbia : Les 5 vies de “L’HOMME” !

Mamadou Doumbia

Devinette : Les auditeurs de la radio Kledu entendent chaque jour la voix d’un homme. Il se dit Soudanais, pour avoir vu le jour avant l’indépendance du Mali en 1960, sans autre forme de précision sur sa date de naissance. Il est un conservateur, resté collé aux valeurs cardinales de notre société traditionnelle. Enfin, il a une connaissance approfondie de l’histoire du Mali. Vous l’aurez deviné, il s’agit de Mamadou Samba Doumbia dit L’HOMME. Au simple énoncé de ce surnom, frémissent les nostalgiques de la belle épopée du basket-ball malien de la décennie 1970 ; de même que les étudiants des années 1980 qui ont croisé son chemin. Dimanche dernier, nous avons rencontré en début d’après-midi notre héros du jour dans le cadre de la rubrique ” Que sont-ils devenus ? ” juste après son émission à laquelle nous avons d’ailleurs assisté dans le studio Djeli Baba Sissoko de la radio Kledu. Durant ce laps de temps, nous avons appris quelque chose qui nous permet de remplir une page sur la dextérité de Mamadou Doumbia. Nous avons aussi découvert ses qualités d’animateur hors pair, des décennies après avoir raccroché de la balle au panier et déposé la craie. Voyage dans les méandres des cinq vies du basketteur, de l’enseignant, de l’arbitre, de l’instructeur et de l’animateur!

Les uns et les autres ignorent que Mamadou Doumbia a été un grand basketteur, un grand arbitre international de basket, un enseignant et qu’il est aujourd’hui un instructeur permanent de la Fédération internationale de basketball (Fiba-Afrique), en plus de sa casquette d’animateur radio.

La craie, le business et le micro

Mais auparavant, le doyen Madou Doumbia va d’emblée accepter notre grande dose d’excuses ou à défaut la direction du journal se soumettra à payer le poulet ou la pintade d’amende. Nos investigations à Médina Coura, son quartier natal, nous ont révélé que Madou Doumbia et son ami, Bassirou Thiam, étaient de vrais gentlemen qui ne reculaient pas pour séduire, voire hypnotiser. Les ingrédients ? Les pantalons aux pattes d’éléphant, avec des souliers de têtes de nègres, le tout ambiancé par les disques avec des morceaux de James Brown et Chuck Berry. Cette  fougue juvénile ne l’a pas empêché d’étudier jusqu’au niveau supérieur. En réalité, la bonne éducation inculquée par le vieux Samba Diallo est passée par là. Autre temps, autre réalité ! Avec la sagesse, fruit de l’âge, Madou Doumbia est aujourd’hui une bibliothèque pour la nouvelle génération.

Qui est l’homme ?

Victime de la grève de 1980, il faisait la deuxième année Sciences Juridiques, à l’Ecole Nationale d’Administration (Ena) de Bamako, quand les écoles ont été fermées par les autorités du pays. Hanté par cette mesure extrême du pouvoir et déboussolé par une instabilité morale par rapport à son avenir, L’HOMME profita d’une opportunité de l’Institut Pédagogique National (Ipn). La structure cherchait à l’époque des étudiants du cycle supérieur  pour combler le déficit d’enseignants dans le système éducatif malien. Ceux-là  devraient faire une formation de 45 jours, pour ensuite être reversés dans l’enseignement. Une affectation à l’intérieur du pays était la condition sine qua none pour être retenu. Mais, à sa sortie, Madou Doumbia est maintenu à Bamako, en raison de son statut de basketteur international. Comment L’HOMME s’est-il retrouvé sur le plancher et sous le cerceau ? Nous le verrons plus bas.

Après quelques années dans l’enseignement, il opte pour  ses propres affaires, jusqu’en 1994, année où il se retrouva devant un micro.

Madou Doumbia revient sur ses premiers pas à la radio : ” J’ai un ami du nom de Kanouté qui était animateur à la radio Kledu. Un jour, il est venu m’informer de son départ de la station pour des raisons de service. Sur le coup, il me conseilla de faire un tour à Kledu pour tenter ma chance en tant que collaborateur extérieur. Ma visite à la Cité du Niger, siège de la radio a créé une surprise. Parce que les responsables n’ont pas compris comment j’ai pu avoir la bonne idée de venir leur proposer mes services, à un moment où le besoin était-là. Ils se sont dit que c’est une coïncidence. Immédiatement, on me met à l’œuvre devant le micro, et séance tenante les responsables de la radio m’ont proposé un contrat d’essai de trois mois. Après ce test trimestriel, il fallait faire le choix entre Louis Pierre et moi. Alors, commença un autre examen entre nous deux. Mais, nous n’avons pas été informés de l’inspection. Chacun s’est dégourdi et au bout du fil le directeur même de la radio, Mamadou Sinsi Coulibaly, annonce que j’ai damé mon ami et frère Louis Pierre. Mais celui-ci peut être un joker dans l’avenir. Il décida de nous recruter le même jour. Voilà comment nous avons été des complices. J’ai été abattu par son décès. Heureusement que trois jours après sa disparition, j’ai été sélectionné pour une phase finale de Coupe d’Afrique de basket. Cela m’a permis de digérer la perte d’un ami et frère”.

Mesurant près de 2 mètres, L’HOMME est prédestiné à toutes les disciplines. Il suffisait seulement d’un peu de volonté et de courage  pour réussir le pari qui s’offre à lui par rapport à n’importe quelle discipline. C’est cet atout qui lui a permis d’être un grand basketteur. Nous sommes déjà en 1972 quand son ami Bassirou Thiam, après avoir opté pour le basket, le présenta à Amadou Daouda Sall, ancien entraineur de basketball du Stade malien de Bamako et des Aigles du Mali. Le monument de la balle au panier, ébloui par le gabarit de Madou Doumbia, ne pouvait que se réjouir de cette opportunité  que la nature lui offrait.  En bon pédagogue, il met le stagiaire en confiance, et paraphrasa le proverbe selon lequel “le succès est au bout de l’effort”.

Génération dorée !

Par-là, L’HOMME devrait comprendre que son gabarit ne suffirait pas. Il fallait accepter de travailler et se donner les moyens de réussir. Surtout qu’un autre ami d’enfance Drissa Konaté dit Driballon de l’AS Réal l’encouragea, et lui dit qu’il a plus de chances de gagner sa vie en basketball qu’en football. Ces propos lui sont restés ancrés dans la mémoire comme une sourate.  A cœur vaillant, rien d’impossible, la pénétration d’esprit d’Amadou Daouda Sall consacra les bons premiers pas de Madou Doumbia dans la pratique du basketball.

La même année de 1972, et avant la fin de la saison, il signe sa première licence, au même titre que son ami Bassirou Thiam, et devient une star de cette génération dorée du Stade malien de Bamako composée de Mamadou Bah, Abdramane Coulibaly dit Draba, Bertrand N’Diaye, Balla Gueye, Diakaridia Ouattara, Diomansy Samaké, Kandé Sy dit le lion, Mamadou Diallo dit Billingui, Abdoulaye Diataga (un étudiant nigérien et compagnon de Moussa Kanfedeny), Modibo Sanogo dit Woya. C’est dans cette foulée que Madou Doumbia fera 10 ans de carrière et 10 ans de suprématie avec l’équipe du Stade malien, imbattable, et constituant l’ossature de l’équipe nationale à laquelle l’entraineur ajoutait seulement quatre joueurs sélectionnés dans les autres clubs du pays.

A cette carrière, il faut coller une dizaine de coupes du Mali et de championnat, avec un saut en équipe nationale. L’HOMME effectua sa première sortie internationale avec le Stade malien en 1973, à la faveur de la phase finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions en Centrafrique. Sa deuxième coupe d’Afrique  disputée en 1975 a été celle du Caire, en Egypte. Bamako consacra sa dernière compétition à ce niveau. C’était en 1981. Et c’est à l’issue de cette coupe d’Afrique que pratiquement toute sa génération a raccroché. Parce que les joueurs du Stade malien de Bamako sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont rien à démontrer au plan national. A trois reprises, l’équipe est passée à côté du trophée continental et les compétitions locales sont devenues par la force des choses une routine qui n’avait plus de goût. Mais Madou Doumbia s’est dit qu’il fallait éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Bien que solidaire de la décision de ses camarades, il accepta de continuer avec Woya. Une façon pour eux d’accompagner la jeune génération qui s’apprêtait à porter le flambeau de la famille blanche de Ben Oumar Sy. Par la suite, un concours de circonstances l’amena à arrêter en 1982. L’absence d’égaux, l’arrivée de nouveaux dirigeants, l’affectation d’Amadou Daouda Sall à l’intérieur annonçaient une refondation qui ne s’adaptait pas à la vision et aux principes de Madou Doumbia.

Arbitre par accident…

Son silence et son retrait du milieu du basketball s’expliquaient par le fait que les intérêts de la discipline ont changé, avec comme corollaire le mercantilisme. Les sociétés et entreprises d’Etat, l’Armée, la Police avaient commencé à puiser dans les clubs. Ce qui a conduit à une dislocation du groupe des cadets sensés prendre la relève.

En 1987, suite à un mouvement de grève des arbitres, la Fédération malienne de basketball opta pour une solution alternative, mais radicale. Elle arrête toutes les compétitions et fait appel aux anciens basketteurs actifs, dont Madou Doumbia, pour les convertir dans l’arbitrage.

Notre héros n’était pas tellement enchanté par cette initiative de la Fédération, mais Kandé Sy l’obligea à saisir la balle au rebond. Au bout de trois mois de formation, ces anciens basketteurs sont devenus des arbitres de District. C’étaient les Younoussa Maïga, Mady Moussa Doumbia, Ladji Dabi Camara, Moussa Maïga, Mamadou Doumbia et autres. Ainsi commença un autre challenge pour les anciens de la balle au panier. Ils officient les rencontres à l’interne pour avoir la main, et atteindre le top niveau.

En 1990, 7 sur les 14 arbitres formés accèdent au grade d’arbitre international. Mamadou Doumbia dit L’HOMME mena le cap de l’arbitrage de haut niveau durant plus de 15 ans, avec des CAN en Angola, au Maroc, au Cap Vert, au Ghana, en Egypte et surtout un tournoi international en France.

Mais, chaque chose en son temps, et l’âge ne pardonne pas. L’HOMME quitte le plancher pour la deuxième fois en 2006. Mais la Fiba-Afrique le récupère pour faire de lui un instructeur permanent. Avec ce nouveau statut, il serait incompréhensible que l’homme ne soit pas copté dans son pays pour la gestion du basketball malien, une discipline qu’il a servie toute sa vie. L’ancien président de la Fédération de basket, ancien ministre et actuel président de Fiba Afrique, Hamane Niang, le sollicite et durant douze ans il fait partie des gestionnaires de la discipline : 4 ans comme président de la commission technique, et 8 ans président de la commission discipline.

C’est dire que Madou Doumbia fait partie des monuments du basketball malien, eu égard à son parcours et à sa connaissance de la discipline, même si jusque-là il n’a reçu aucune décoration. Après trois mandats à la Fédération malienne de basketball, il s’occupe de la formation des jeunes arbitres, et les missions à l’extérieur de Fiba-Afrique.

Le seul fait qu’il qualifie de mauvais souvenir s’est produit lors d’une finale de coupe du Mali. Que s’est-il passé ? L’HOMME raconte “A la veille de cette finale, le coach Amadou Daouda Sall m’a rassuré par rapport à son dispositif. Mais, il fallait mettre en touche deux joueurs, parmi lesquels devrait figurer Abdoulaye Diataga ou moi. Comment Sall va faire, nous sommes tous intouchables ? Par le pur hasard, le Nigérien a contracté une blessure à la cuisse et les supporters sont venus me voir pour me féliciter et surtout m’encourager concernant la lourde responsabilité qui m’attendait désormais. Contre toute attente, le jour du match Diataga est venu au regroupement avec l’intention de jouer. Dommage, Amadou Daouda Sall est tombé dans son piège et j’ai été envoyé dans les tribunes. Quelques minutes après le début de la rencontre, la cuisse de Diataga  a lâché  et j’assiste impuissant à la chute de mon équipe, alors que j’avais les moyens. Cela m’est resté dans la tête et constitue le seul mauvais souvenir de ma carrière. Il est évident que l’échec des Coupes d’Afrique de clubs m’a choqué, mais les manières différent. Sinon, toute ma carrière est parsemée de bons souvenirs. Je n’ai connu que succès avec le Stade malien de Bamako”. 

Après l’entretien avec le doyen Mamadou Doumbia dit L’HOMME, nous avons été également dépassés par l’émotion. Il nous a fait une leçon de morale, sur la vie et notre comportement de tous les jours, surtout à l’égard de nos parents. Il s’est donné la peine de nous accompagner jusqu’à la porte et ne cessait d’encourager la direction du journal, pour sa belle initiative.

Nous retenons du doyen Mamadou Doumbia les traits d’un homme très sérieux, gentil, sage et discipliné dont les jeunes d’aujourd’hui doivent s’inspirer pour ne pas s’égarer.          

O. Roger SISSOKO

Source: Aujourd’hui-Mali

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