Crise politique : qui pour sauver le roi acculé ?

Ses jours à la tête de l’Etat malien sont-ils comptés ? Il faut être dans les secrets de Dieu pour donner une réponse affirmative à cette interrogation. Mais, à l’évidence, le président de la République vit des moments très difficiles, qu’il n’aurait jamais imaginé pouvoir vivre un instant dans ce pays, même dans un songe.

Est-elle partie de rien ? Non ! La crise à laquelle le Mali est buté est antérieure à l’avènement de l’actuel président de la République, du moins, dans ses premiers développements. En ce qu’elle se résumait à une crise sécuritaire qui écumait la partie septentrionale de notre pays.

C’est d’ailleurs l’une des raisons fondamentales qui a poussé une partie des Maliens à se battre pour le faire élire premier Magistrat et donc lui confier les destinées de notre pays. Car, convaincus, ces Maliens, qu’il n’y avait guère meilleur homme au Mali à même d’assumer une telle charge.

Les Maliens ne tarderont pas à regretter ce choix. En l’espace d’un trimestre ou peut-être plus, à la tête de l’Etat, Ibrahim Boubacar Kéïta, c’est lui dont on parle, va trahir la confiance des Maliens. Au gré de scandales financiers, à commencer par l’achat de son avion personnel, de tâtonnements, de pilotages à vue. Quand l’armée perdait encore du terrain au nord, avant que le centre du pays ne s’embrase à son tour.

À croire que la fatalité a décidé de ne lui faire aucun cadeau, à IBK, celui-là même qui assurait ses compatriotes de ses aptitudes surnaturelles à résoudre leurs problèmes en clin d’œil, à tout le moins, en un claquement de doigts.

De façon schématique et peut-être réductrice, il sera réélu dans ces conditions, au moyen d’un tripatouillage des résultats de l’élection présidentielle. Son infortune se poursuivra et s’écrira de belle manière pendant les deux premières années de son deuxième bail avec ses compatriotes.

Jusqu’à ce jour fatidique ou décisif (c’est selon) du 05 juin 2020, où une partie des Maliens a décidé de se faire entendre. Après un rassemblement, justement un 05 juin, un mouvement du même nom est né, qui va se donner cette autre dénomination : Rassemblement des Forces patriotiques. Depuis, Ibrahim Boubacar Kéïta vit des heures difficiles et sombres.

Au point qu’il s’est précipité, et surtout hasardé, à faire des propositions de sortie de crise. Il a ainsi ordonné l’application de l’article 39, pour contenter les enseignants qui étaient en grève depuis six mois ; et il a fait une offre de gouvernement d’union nationale. Laquelle demeure, pour l’instant, sans preneur.

Et depuis, il est retombé dans sa torpeur maladive. Cherche-t-il à avoir ses opposants à l’usure ? Est-il abandonné par ses partisans ? Va-t-il pouvoir se tirer d’affaire cette fois-ci ? Bien d’autres questions tourmentent les Maliens.

En tentant de répondre à certaines d’entre elles, on pourrait postuler que le président de la République tente de gagner du temps. Avec l’espoir de pouvoir attendrir ses compatriotes les plus émotifs. Puisqu’il est coutumier du fait de se faire passer pour la victime afin de bénéficier de la sympathie, de la mansuétude du Malien naturellement compatissant.

En tout cas, il semble très peu aidé par ses partisans qui, il faut le dire, n’ont pas le beau rôle dans leur volonté de lui sauver la mise. Ces derniers, il y a quelques jours, essaient de sortir la tête de l’eau, et tentent de tenir la dragée haute à ceux qui demandent la démission du président de la République.

Oui, il pourrait bien se sortir d’affaire, mais, probablement, très affaibli. Et, ce qui est sûr, Ibrahim Boubacar Kéïta a été malmené comme jamais, trimballé comme jamais. On le lui concède volontiers à l’un de ceux qui gardent une dent contre lui : « Jamais PR (Président de la République) n’aura été ramené à ce niveau de contestation. Se prendre pour le centre du monde, penser être au-dessus du peuple dont on est issu, pervertir l’évidence de la fonction qui impose l’intérêt général avant tout… vous installent dans un trou sans fin », estime Me Mamadou Ismaïla Konaté.

Dioncounda Samaké

Nouvelle Libération

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