CHRONIQUE : Karim en position tir

« Position de tir » ! L’expression est connue des danseurs de la rumba congolaise qui, dans des chaloupées lascives, bloquent leurs reins pour tirer leur coup. On aura compris ici la figure de style pour ne pas dire ce que notre lecteur a compris.

Et c’est la même chose qui nous a été donnée de voir de la part de Karim Kéita, fils du président de la République Ibrahim Boubacar Kéita, député élu en Commune II du district de Bamako et de surcroît, président de la Commission défense de l’Assemblée nationale du Mali.

La scène, filmée en été 2019, se passe aux îles Baléares, l’idyllique archipel composé de cinq îles dont quatre sont habitées ; à savoir : Majorque et Ibiza.

Certes, ce sont des images personnelles. Mais, elles ne sont pas volées, car on voit l’hôte de cette fête de la boisson et de la chair, gesticuler devant la caméra de ce qui ressemble bien à un téléphone portable.

La bacchanale (les vidéos le démontrent avec de jeunes dames et du champagne de grande marque dont le prix d’une bouteille dans ces lieux de villégiature dépasse l’entendement d’un pauvre enseignant malien), a réuni le président de la Commission défense de notre l’Assemblée nationale où une Loi de programmation et d’orientation militaire a été votée pour un budget s’élevant à 1230,563 milliards de F CFA, montant à propos duquel les contestataires du régime demandent des éclaircissements au regard de l’état de notre armée nationale, dépourvue face à des ennemis mieux armés moralement et matériellement.

Karim Kéita, qui déclare pour sa défense que « des esprits malintentionnés veulent le mêler à une cérémonie privée organisée à l’étranger par des amis où il n’a fait qu’une brève apparition et dont il n’était chargé ni du menu ni de la liste des invités », est en réalité familier des soirées de récréation et d’enjaillement comme le disent les Ivoiriens.

Plusieurs vidéos à des cérémonies sont publiées où il esquisse des pas de danse au moment où des militaires se font tuer parce que même pour une bouteille d’eau, il leur faut souvent l’aide des puissances étrangères.

Karim Kéita vient une fois de plus d’offrir lui-même une verge à ses détracteurs et tous les opposants au régime de son père traité « des plus corrompus et incompétents » en ajoutant que « ce déplacement à titre privé n’a évidemment pas coûté le moindre centime au contribuable » dans un pays sous perfusion, où la rue en veut toujours au régime en place jugé prédateur.

Ses défenseurs qui osent prendre la parole, se moquent du peuple en croyant faire valoir que c’est sa vie privée. Oui, mais la vie privée d’un personnage public ne doit pas dépasser le seuil de sa chambre au risque de la retrouver dans la rue.

Un de ces thuriféraires a écrit à bon escient que « quand le combat politique se dévie du champ indiqué des idées et des projets pour tomber dans les scènes privées de la vie des animateurs, il y a lieu de se désoler de la férocité de la scène politique malienne » dans un plaidoyer dont le titre est « Puanteur de trahison » comme pour reconnaître qu’on laisse tomber ce pouvoir.

Quand trop c’est trop.

Et c’est en ce moment qu’on trouve certains qui n’ont pas mangé encore toute leur conscience professionnelle, leur probité, leur engagement pour la patrie, qui le disent. Et il ne faut pas oublier : on n’est trahi que par les siens.

Le Mali se trouve au creux de la vague. Il y a ceux qui s’en émeuvent, l’affirment et proposent des solutions. Et ceux qui se désolent que les parties de fête d’un fils de président qui en plus est président de la Commission défense de l’Assemblée nationale d’un pays où les enfants sont tués par dizaines depuis des années, soient sujet à polémique.

Les ressacs des orgies aux Baléares dégagent une odeur de puanteur et d’inconscience qui font vomir. Pauvres de nous !

Source Le Focus du 6 juillet 2020

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