Bamako : La « désobéissance civile » vire au drame

La série noire qui endeuille la capitale du Mali prend racine le 5 juin 2020, avec le premier grand rassemblement du Mouvement du 5 juin ou M5. Le troisième rassemblement du genre, qui a vu l’entrée en vigueur de la « désobéissance civile », s’est soldé par des morts à Bamako. Le bilan des dernières journées est encore loin d’être fait en intégralité. L’on retient tout de même que les « manifestants » ont saccagé l’Assemblée nationale, brûlé des véhicules et des bâtiments, utilisé des meubles pour faire des barrages sur les routes et dispersé des documents administratifs dans les rues environnantes. Et cette liste est loin d’être exhaustive.

L’autre fait qui a marqué cette première journée de « désobéissance civile » impulsée par le Mouvement du 5 juin et ses alliés est l’envahissement par des manifestants des locaux de l’ORTM. Ils étaient nombreux à prendre d’assaut la chaîne publique. Conséquences : interruption pendant près de deux heures des programmes le 10 juillet 2020. Tard le soir, dans une édition spéciale à la télévision nationale, l’on découvrait les dégâts et les voitures incendiées dans les locaux de la radiotélévision nationale. Une violence qui s’est soldée elle aussi par des blessés et a obligé les agents en service ce jour-là à ne reprendre le chemin de la maison que tard dans la nuit ou le lendemain pour certains, à cause de l’insécurité qui régnait en maître dans la ville. Face à cette situation, les faîtières de la presse ont exprimé leur solidarité avec l’ORTM.

Il ne faut pas perdre de vue que lors du dernier rassemblement du M5, l’appel à la « désobéissance civile » devait être maintenu jusqu’à « la démission du Président Ibrahim Boubacar Keita » de ses fonctions, selon le mot d’ordre lancé.

Le lendemain de la manifestation, au préalable prônée sans violence, la coalition M5-RFP a annoncé l’arrestation de plusieurs de ses chefs de file et une intervention des forces de l’ordre dans son quartier général. « Alors que nos militants étaient en réunion, ils sont venus et ont attaqué et saccagé notre quartier général », a déclaré à un média, le porte-parole de la coalition, Nouhoum Togo, qui avait annoncé plus tôt dans la journée du samedi 11 juillet l’arrestation, survenue la veille, de l’opposant Issa Kaou N’djim. Selon le M5-RFP, Choguel Kokala Maiga et Mountaga Tall, deux figures du mouvement, ont aussi été arrêtés samedi, ainsi que d’autres opposants. Maître Mountaga Tall a été libéré dans la nuit de samedi à dimanche.

Du samedi 11 au lundi 13 juillet, les manifestations n’ont pas cessé dans la capitale, interrompues par moment à cause des précipitations qui s’abattaient sur Bamako. Mais le M5-RFP ne s’est pas essoufflé pour autant. Avec un bilan en dégâts matériels, en vies humaines et en blessés, qui s’alourdit chaque jour.

Autres conséquences de ces sorties parsemées d’actes de violences et de répression « à balles réelles » par endroits : des institutions au ralenti, des banques fermées, des infrastructures détruites, des arrestations, des contrôles accrus et les activités des populations bouleversées. Sur les réseaux sociaux, les informations et les fake news circulent, malgré le débit exécrable des connexions internet.

Dans une dépêche citée par l’Agence France Presse (AFP), « la communauté internationale exhorte le pouvoir malien à libérer les leaders de la contestation pour tenter de mettre fin aux troubles qui ont conduit à l’instauration d’un climat semi-insurrectionnel à Bamako au cours du week-end. »

Face à cette situation, dans une adresse à la Nation, le 11 juillet 2020, le Président de la République a indiqué que la justice allait jouer son rôle les jours à venir. Il a aussi annoncé l’abrogation du décret de nomination des membres « restants » de la Cour constitutionnelle du Mali. Face aux débordements observés après le début de la « désobéissance civile », vendredi dernier, le mentor du M5-RFP, l’Imam Dicko, a lancé un appel au calme.

Idelette BISSUU

Source: journaldumali

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